5 Old Shelves from a junk shop painted in turquoise
6 The Penny Lodging House in Berwick
Every Helen Stephens' new book starts with a drawing from life in a sketchbook. "The Big Adventure of the Smalls started with the title. I didn't know what the book would be, but I knew that was the title. Then I went drawing at The Bowes Museum, not thinking it might be useful to the book. The Bowes Museum has a collection of baroque furniture, huge guilt harps, gold musical nymphs... I drew lots of ordinary people in jeans and anoraks, walking past this hugely ornate gold furniture. The drawings made me laugh, and I knew then that I had to do a book about two small ordinary children living in a stately home."
I have just discovered English author and illustrator Helen Stephens' world of wonders. As usual when discovering a new blog and a new world I spent hours browsing through her website trying to figure out who was the spirit behind it. At the end I got a funny feeling of knowing her as in real life and probably even better than after an afternoon tea. And believe me I felt very lucky with this chance meeting on the web. More on her blog Oh I forgot to say.
1, 2 Dessins de Suzanne Husky pour son projet "Brindilles"
3,4,5 Mise en oeuvre du projet sur le site de Suzanne Husky-
6,7 Intérieur des abris
8,9,10, 11,12,13 Documentation iconographique choisie par Suzanne Husky pour l'intérieur de "Brindilles"
San Francisco based French artist Suzanne Husky created "Brindilles" for Horizons 2011 a Land-art exhibition in Le massif du Sancy in France. With these small cabins made of branches and twigs and looking like bird nests she focused on the long and intense relationship between birds and men. Elle imagine ces installations comme "une fenêtre qui permet de regarder l'extérieur et surtout les oiseaux" pour méditer sur le monde rêvé des oiseaux à travers les âges. Avec ces abris qui semblent surgir de terre elle a voulu jouer sur "la part animale qui nous attire vers les terriers, vers les petites choses." Dans Dernières bouchées sauvages, elle interroge les Anciens rencontrés dans le Couserans (Ariège) sur des pratiques alimentaires aujourd’hui disparues quand plantes et animaux sauvages étaient consommés, mais aussi connus et respectés. Click here to view the documentaty.
Horizons, Rencontres Arts Nature, Massif du Sancy,
6ème édition 2012
Le travail sensible de cette jeune artiste m'a fait penser à la vision des oiseaux de George Sand et à l'étonnante filiation rêvée qu'elle revendique dans Histoire de ma vie, avec ces "bipèdes emplumés" qu'elle voit "comme autant de parrains et de marraines". "Mystérieux patrons avec lesquels j'ai toujours eu des affinités particulières", écrit-elle.
On n'est pas seulement l'enfant de son père, on est aussi un peu, je crois, celui de sa mère. Il me semble même qu'on l'est davantage, et que nous tenons aux entrailles qui nous ont portés de la façon la plus immédiate, la plus puissante, la plus sacrée. Or, si mon père était l'arrière-petit-fils d'Auguste II, roi de Pologne et si, de ce côté, je me trouve d'une manière illégitime, mais fort réelle, proche parente de Charles X et de Louis XVIII, il n'en est pas moins vrai que je tiens au peuple par le sang, d'une manière tout aussi intime et directe; de plus, il n'y a point de bâtardise de ce côté-là.
Ma mère était une pauvre enfant du vieux pavé de Paris; son père, Antoine Delaborde, était maître paulmier et maître oiselier, c'est à dire qu'il vendit des serins et des chardonnerets sur le quai aux Oiseaux, après avoir tenu un petit estaminet avec billard, dans je ne sais quel coin de Paris, où, du reste, il ne fit point ses affaires. Le parrain de ma mère avait, il est vrai, un nom illustre dans la partie des oiseaux: il s'appelait Barra; et ce nom se lit encore au boulevard du Temple, au-dessus d'un édifice de cages de toutes dimensions, où sifflent toujours joyeusement une foule de volatiles que je regarde comme autant de parrains et de marraines, mystérieux patrons avec lesquels j'ai toujours eu des affinités particulières.
Expliquera qui voudra ces affinités entre l'homme et certains êtres secondaires dans la création. Elles sont tout aussi réelles que les antipathies et les terreurs insurmontables que nous inspirent certains animaux inoffensifs. Quant à moi, la sympathie des animaux m'est si bien acquise, que mes amis en ont été souvent frappés comme d'un fait prodigieux. J'ai fait à cet égard des éducations merveilleuses; mais les oiseaux sont les seuls êtres de la création sur lesquels j'aie jamais exercé une puissance fascinatrice, et s'il y a de la fatuité à s'en vanter, c'est à eux que j'en demande pardon.
Je tiens ce don de ma mère, qui l'avait encore plus que moi, et qui marchait toujours dans notre jardin accompagnée de pierrots effrontés, de fauvettes agiles et de pinsons babillards, vivant sur les arbres en pleine liberté, mais venant becqueter avec confiance les mains qui les avaient nourris. Je gagerais bien qu'elle tenait cette influence de son père, et que celui-ci ne s'était point fait oiselier par un simple hasard de situation, mais par une tendance naturelle à se rapprocher des êtres avec lesquels l'instinct l'avait mis en relation. Personne n'a refusé à Martin, à Carter et à Van Amburgh une puissance particulière sur l'instinct des animaux féroces. J'espère qu'on ne me contestera pas trop mon savoir-faire et mon savoir-vivre avec les bipèdes emplumés qui jouaient peut-être un rôle fatal dans mes existences antérieures.
Plaisanterie à part, il est certain que chacun de nous a une prévention marquée, quelquefois même violente, pour ou contre certains animaux. Le chien joue un rôle exorbitant dans la vie de l'homme, et il y a bien là quelque mystère qu'on n'a pas sondé entièrement. J'ai eu une servante qui avait la passion des cochons, et qui s'évanouissait de désespoir quand elle les voyait passer entre les mains du boucher; tandis que moi, élevée à la campagne, rustiquement même, et devant m'être habituée à voir ces animaux qu'on nourrit chez nous en grand nombre, j'en ai toujours eu une terreur puérile, insurmontable, jusqu'au point de perdre la tête si je me vois entourée de cette gent immonde: j'aimerais cent fois mieux me voir au milieu des lions et des tigres.
C'est peut-être que tous les types, departis chacun spécialement à chaque race d'animaux, se retrouvent dans l'homme. Les physionomistes ont constaté des ressemblances physiques; qui peut nier les ressemblances morales? N'y a-t-il pas parmi nous des renards, des loups, des lions, des aigles, des hannetons, des mouches? La grossièreté humaine est souvent basse et féroce comme l'appétit du pourceau, et c'est ce qui me cause le plus de terreur et de dégoût chez l'homme. J'aime le chien, mais pas tous les chiens. J'ai même des antipathies marquées contre certains caractères d'individus de cette race. Je les aime un peu rebelles, hardis, grondeurs et indépendans. Leur gourmandise à tous me chagrine. Ce sont des êtres excellens, admirablement doués, mais incorrigibles sur certains points où la grossièreté de la brute reprend trop ses droits. L'homme-chien n'est pas un beau type.
Mais l'oiseau, je le soutiens, est l'être supérieur dans la création. Son organisation est admirable. Son vol le place matériellement au-dessus de l'homme, et lui crée une puissance vitale que notre génie n'a pu encore nous faire acquérir. Son bec et ses pattes possèdent une adresse inouïe. Il a des instincts d'amour conjugal, de prévision et d'industrie domestique; son nid est un chef-d'œuvre d'habileté, de sollicitude et de luxe délicat. C'est la principale espèce où le mâle aide la femelle dans les devoirs de la famille, et où le père s'occupe, comme l'homme, de construire l'habitation, de préserver et de nourrir les enfans. L'oiseau est chanteur, il est beau, il a la grace, la souplesse, la vivacité, l'attachement, la morale, et c'est bien à tort qu'on en a fait souvent le type de l'inconstance. En tant que l'instinct de fidélité est départi à la bête, il est le plus fidèle des animaux. Dans la race canine si vantée, la femelle seule a l'amour de la progéniture, ce qui la rend supérieure au mâle; chez l'oiseau, les deux sexes, doués d'égales vertus, offrent l'exemple de l'idéal dans l'hyménée. Qu'on ne parle donc pas légèrement des oiseaux. Il s'en faut de fort peu qu'ils ne nous valent; et comme musiciens et comme poètes, ils sont naturellement mieux doués que nous. L'homme-oiseau c'est l'artiste.
*Françoise Alexandre, La femme et l'oiseau dans l'oeuvre de George Sand, juin 2011.
A signaler, le très bel article sur "Brindilles" dans , The Weekender Ausgabe 4 Winter 2011, intitulé Du point de vue des oiseaux (ma traduction) :
Vogelperspektiven
Die Künstlerin Suzanne Husky hat im zentralfranzösischen Dörfchen Murol drei merkwürdige, unterschiedlich große Hütten mit geheimnisvollem Innenleben hinterlassen.
The Weekender est une revue germanophone, basée à Cologne, parution trimestrielle.
Ella Balaert, George Sand à Nohant Drames et mimodrames, Belin, 2012
Sur le Marché Flottant de Bangkok, chaque marchand se tient dans une petite pirogue immobile; il vend de très menues quantités de nourriture: des graines, quelques oeufs, bananes, cocos, mangues, piments (sans parler de l'Innommable). De lui-même à sa marchandise en passant par son esquif, tout est petit. La nourriture occidentale, accumulée, dignifiée, gonflée jusqu'au majestueux, liée à quelque opération de prestige, s'en va toujours vers le gros, le grand, l'abondant, le plantureux; l'orientale suit le mouvement inverse, elle s'épanouit vers l'infinitésimal: l'avenir du concombre n'est pas son entassement ou son épaississement, mais sa division, son éparpillement ténu, comme il est dit dans ce haïku:
Concombre coupé.
Son jus coule
Dessinant des pattes d'araignée.
Il y a convergence du minuscule et du comestible : les choses ne sont petites que pour être mangées mais aussi, elles sont comestibles pour accomplir leur essence, qui est la petitesse. L'accord de la nourriture orientale et de la baguette ne peut être seulement fonctionnel, instrumental; les aliments sont coupés pour pouvoir être saisis par la baguette, mais aussi la baguette existe parce que les aliments sont coupés en petits morceaux; un même mouvement, une même force transcende la matière et son outil : la division. (...)
Dans tous ces usages, dans tous les gestes qu'elle implique, la baguette s'oppose à notre couteau (et à son substitut prédateur, la fourchette); elle est l'instrument alimentaire qui refuse de couper, d'agripper, de mutiler, de percer (gestes très limités, repoussés dans la préparation de la cuisine : le poissonnier qui dépiaute devant nous l'anguille vivante exorcise une fois pour toutes, dans un sacrifice préliminaire, le meurtre de la nourriture); par la baguette, la nourriture n'est plus une proie, à quoi l'on fait violence (viandes sur lesquelles on s'acharne), mais une substance harmonieusement transférée; elle transforme la matière préalablement divisée en nourriture d'oiseau et le riz en flot de lait; maternelle, elle conduit inlassablement le geste de la becquée, laissant à nos moeurs alimentaires, armées de piques et de couteaux, celui de la prédation.
Roland Barthes, L'Empire des signes, A. Skira, 1970; Seuil, 2005
Ce texte relu tout récemment, et particulièrement ce fragment de phrase, "par la baguette, la nourriture n'est plus une proie, à quoi l'on fait violence..., mais une substance harmonieusement transférée; elle transforme la matière préalablement divisée en nourriture d'oiseau et le riz en flot de lait; maternelle, elle conduit inlassablement le geste de la becquée" a fait resurgir de ma mémoire la dernière scène du film de Mizoguchi dans Les contes de la lune vague après la pluie, quand le petit enfant porte le bol de riz que vient de lui tendre sa tante sur la tombe de sa mère morte. C'est cette association, cette contiguïté dans une même séquence de mots de "riz en flot de lait" et de "maternelle" qui m'a d'une manière à la fois opaque et transparente mise sur la voie. La vue d'un simple bol de riz à la blancheur laiteuse et flottante, à la texture aérienne, jouant du rapport de la division et de la becquée, provoque chez moi depuis bien longtemps une émotion mêlée de joie et d'une pointe de douleur. Evoquant pour moi tout à la fois un idéal de frugalité et de satiété, ce bol de riz décrit par Barthes a réactivé, dans un premier temps de mémoire sensible, le souvenir de cette offrande qui clôt le film et, dans un second temps de mémoire archaïque, l'empreinte primitive de la becquée et du sein maternel.
Pour faire l'expérience d'un délicieux bol de riz: Le café chinois, une adresse qui se mérite et que j'hésite à partager.