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14.1.15

Ponctuation Matters


Je peux me consumer de tout l'enfer du monde,
Jamais je ne perdrai cet émerveillement 
Du langage

Aragon









La liberté n'est pas donnée il faut la prendre nous dit Meret Oppenheim. Aujourd'hui plus que jamais sans doute. Plus que jamais sans doute ressentons-nous aujourd'hui l'urgence de vivre et de nous tenir debout. De nous tenir debout avec des mots qui brûlent et des phrases en boucle. Avec des phrases en boucle debout avec des mots plus que jamais. De nous tenir debout dans l'urgence plus que jamais d'attraper la liberté par un bout. A Gertrude Stein plus que jamais debout en boucle par un bout et à jamais parce qu'elle m'a appris la liberté de la ponctuation et de la place des mots de la place des mots en boucle. Debout et par un bout le petit bout avec ou sans virgule avec ou sans point d'interrogation. Si une question est une question pourquoi n'en voir que le bout le petit bout pour en venir à bout. 





There are some punctuations that are interesting and there are some punctuations that are not. Let us begin with the punctuations that are not. Of these the one but the first and the most the completely most uninteresting is the question mark. The question mark is alright when it is all alone when it is used as a brand on cattle or when it could be used in decoration but connected with writing it is completely entirely completely uninteresting. It is evident that if you ask a question you ask a question but anybody who can read at all knows when a question is a question as it is written in writing. Therefore I ask you therefore wherefore should one use the question mark. Beside it does not in its form go with ordinary printing and so it pleases neither the eye nor the ear and it is therefore like a noun, just an unnecessary name of something. A question is a question, anybody can know that a question is a question and so why add to it the question mark when it is already there when the question is already there in the writing. Therefore I never could bring myself to use a question mark, I always found it positively revolting, and now very few do use it.  

...


And now what does a comma do and what has it to do  and why do I feel as I do about them.
What does a comma do.
I have refused them so often and left them out so much and did

without them so continually that I have come finally to be indifferent to them. I do not now care whether you put them in or not but for a long time I felt very definitely about them and would have nothing to do with them.
As I say commas are servile and they have no life of their own, and their use is not a use, it is a way of replacing one’s own interest and I do decidedly like to like my own interest my own interest in what I am doing. A comma by helping you along holding your coat for you and putting on your shoes keeps you from living your life as actively as you should lead it and to me for many years and I still do feel that way about it only now I do not pay as much attention to them, the use of them was positively degrading. Let me tell you what I feel and what I mean and what I felt and what I meant. 



Gertrude Stein, On Ponctuation in Lectures in America, 1935




Photograph: Carl Van Vechten, Portrait of Gertrude Stein, 1934



21.11.12

Chasse aux images. Aragon ou la confusion des genres



"L'humanité rêve en chacun de nous."

Louis Aragon





























O tout ce que je ne dis pas
Ce que je ne dis à personne
Le malheur c'est que cela sonne
Et cogne obstinément en moi.


Aragon, Le fou d'Elsa





"Il était mince et très beau comme un piano", dit de lui Elsa Triolet... Son roman familial truqué dès l'enfance -- on ne lui raconte que des mensonges sur sa filiation, le prépare à devenir insaisissable, infixable et indéfinissable. Brouillé avec la chronologie, tout est réversible chez lui jusqu'à son identité la plus intime. Impossible à saisir, à photographier, ou à croquer -- Matisse se plaint qu'il bouge et change tout le temps et ne fait pas moins de trente-deux crayonnés et dessins à la plume de son modèle; il affectionne la confusion des genres en littérature et dans la vie. Personnalité complexe aux multiples facettes, les collages sur les murs de son appartement qui courent  jusque dans la cuisine et dans la chambre et qu'il remanie sans cesse ressemblent à des paysages atmosphériques, à des portraits mouvants de ses états d'âme, à un cabinet de curiosité où sont épinglées des collections d'insectes inventés, à un musée imaginaire où déferle une grande vague de rêves. Cette chasse aux images est omniprésente sur ses murs comme dans son manifeste du surréalisme Une vague de rêves où il se profile en chasseur:
"C'était au temps où nous réunissant le soir comme des chasseurs, nous faisions notre tableau de la journée, le compte des bêtes que nous avions inventées, des plantes fantastiques, des images abattues."   





Exposition 56 rue de Varenne, collages
Maison Elsa Triolet-Aragon
  22 septembre - 30 novembre 2012
78 730 Saint Arnoult en Yvelyne*





*accès en bus depuis la gare de Rambouillet













1,2,3,4 Claude Bricage, Aragon, rue de Varenne, la chambre 1981. 5 Claude Bricage, Aragon, rue de Varenne, 1981Tirage en couleur, velours d'époque, épreuve d'artiste. 50 x 50 cm. Catalogue Drouot. 6 Olivier Thomas, Louis Aragon, 56  rue de Varenne, mai 1982. 7 Olivier Thomas, Louis Aragon dans sa cuisine avec sa bonne, mai 1982 , Fedephoto 8, 9 Henri Matisse, portraits d'Aragon 




 Daniel Bougnoux, Aragon, la confusion des genres, Gallimard, octobre 2012