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28.5.14

Fenêtre


D'où vient que les enveloppant, mon regard ne les cache pas,
 et, enfin, que, les voilant, il les dévoile?

Maurice Merleau-Ponty*








La fenêtre hollandaise se donne à voir comme un tableau. Elle est une ouverture sur le monde autant qu'une fermeture sur soi. Conçue comme le cadre d'une peinture, elle est une limite opacifiante, un écran entre la chambre close et les territoires de l'au-delà. De là, l'incroyable absence de rideau, à nos yeux, puisqu'elle cache et dérobe à la vue du passant ce qu'elle est censée laisser voir, la naissance du moi et de l'intime. Nul besoin de cet artifice puisqu'elle offre une fiction où le temps et le mouvement se sont figés. Née à l'apogée de l'éloge du quotidien et de sa banalité, elle s'offre comme une nature morte, a still life, un moment de pure présence, d'immobilité et de silence. La promesse d'une vie tranquille. Horizon ultime, elle est un il y a et rien de plus. Elle se donne comme un renversement où celui qui voit est renvoyée à lui-même à son reflet dans la vitre. Elle dessine les territoires du moi, un sol natal où poussent les fleurs dans un vase, où souvent un chat parachève ce rêve d'immobilisme par un sommeil sans fin. Entre surface et profondeur, la fenêtre semble sans épaisseur. Sur sa surface de verre inégale, les objets deviennent le miroir des autres objets et le jeu des reflets, un paysage de vibrations muettes. Descendue à hauteur d'oeil au Siècle d'or, la fenêtre hollandaise et flamande met en scène la réversibilité de l'être, le moment où "l'invisible se fait doublure, profondeur charnelle du visible"*. Elle est tableau, poème et couleur à la fois. 


*Maurice Merleau-Ponty, Le visible et l'invisible, Gallimard, 1964


Photographie, Haarlem© J' attends...

21.5.12

Vanitas (1) Vanitas and Transience of Vita Humana


Grasping for the wind...

New King James Version



















1, 2 & 3  Hendrick Pot, Allegory of Transienceca 1633, panel, 58 x 73 cm





Le lit imposant, les vêtements d'homme négligemment jetés sur la chaise, le chapeau oublié sur le parquet, le coffre à bijoux  grand ouvert, le luth sorti de son étui, le perroquet aux couleurs criardes, les plis lourds de la nappe et de la robe, le laisser-aller de la pose, le désordre et le négligé de la scène, tout indique l'amour charnel et l'innocence perdue. La vieille femme tenant dans la main gauche un crâne humain et dans la main droite une fleur fanée, que ne voit pas cette belle amoureuse, nous rappelle cruellement combien la jeunesse et les passions humaines sont éphémères. Le jaune, à la symbolique ambivalente, emblème de la lumière céleste révélée aux hommes s'il est d'or pur couleur de miel se retourne en emblème de l'or terni et du soufre, s'il est lunaire. Il symbolise alors l’inconstance, la jalousie, les passions dépravées, l’adultère, la culpabilité, la trahison. Ce tableau fait partie de la collection permanente du Musée Frans Hals à Haarlem situé dans l'ancien Hospice des Vieillards, construit en 1608 par Lieven de Key











Après ou avant la visite, une délicieuse pause thé s'impose à Hofje Zonder Zorgen. Donnant sur le Proveniershof, ses hautes fenêtres sont baignées de la lumière verte des arbres du Hofje voisin. Leur "dadeltaart"* est irrésistible.





* Recette qui n'est pas celle du "Eet café" de Haarlem,
 mais qui en donne l'esprit.