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3.6.14

Picking Up the Berries of Ashes


…as if I were only a flower after all and not the map of the country in which it grows.
John Ashbery, Three Poems 






















 Quand la carte n'est pas le territoire*


On passe vite, trop vite et pour finir on ne voit rien. On collectionne des traces, des poussières, des intuitions. On les perd, on les classe, on y revient. On s'y perd. On se retrouve sur d'autres voies, d'autres chemins, d'autres liens. L'Hortus Botanicus devient la métaphore du voyage d'aujourd'hui. Les jardins botaniques, les bibliothèques, ces temples de Salomon ne contiennent ni la sagesse, ni la vertu  mais la folie d'un acte de pure compulsion. On rapporte des spécimens qu'on garde dans un espace clos, celui de notre mémoire, de la mémoire de notre ordinateur, de notre vision transitoire et passagère d'un lieu, d'un moment donné figé dans iPhoto. On pourrait dresser le catalogue de cette grande bibliothèque des oublis, des manques, des 'mal photographiés', des 'pas vus'. Cette collection toujours infinie que notre désir consume. Ce 'il me les faut toutes', auquel on s'échauffe et on se brûle. Cette frustration inaugurale, ce manque tatoué dans notre ADN, cette tyrannie du désir, c'est la vie toute entière, la nature et son avers, le visible et le non visible que l'on voudrait consigner, épingler, étiqueter. Mais à peine le temps d'un soupir, d'un 'ça y était presque' que ces ailes de papillon tombent en poussière et disparaissent.  





Hortus Botanicus de Leyde
 2 Hortus Botanicus de Leyde en 1610, gravure de Willem Swanenburgh & Jan Cornelisz
3 Nicolaas Meerburgh, Illustrations of Rare Plants,1775, Cytisus Aethiopicus and Papilio Scylla  
4, 5 Librairie et salle des ventes Burgersdijk & Niermans
6 Eglise Saint Pierre de Leyde,avec les tombes de John Robinson, pasteur des Pilgrim Fathers; et du peintre Jan Steen. Café de paroisse dans l'église.  

   




 *Michel Houellebecq, La Carte et le Territoire, Flammarion, 2010




28.5.14

Fenêtre


D'où vient que les enveloppant, mon regard ne les cache pas,
 et, enfin, que, les voilant, il les dévoile?

Maurice Merleau-Ponty*








La fenêtre hollandaise se donne à voir comme un tableau. Elle est une ouverture sur le monde autant qu'une fermeture sur soi. Conçue comme le cadre d'une peinture, elle est une limite opacifiante, un écran entre la chambre close et les territoires de l'au-delà. De là, l'incroyable absence de rideau, à nos yeux, puisqu'elle cache et dérobe à la vue du passant ce qu'elle est censée laisser voir, la naissance du moi et de l'intime. Nul besoin de cet artifice puisqu'elle offre une fiction où le temps et le mouvement se sont figés. Née à l'apogée de l'éloge du quotidien et de sa banalité, elle s'offre comme une nature morte, a still life, un moment de pure présence, d'immobilité et de silence. La promesse d'une vie tranquille. Horizon ultime, elle est un il y a et rien de plus. Elle se donne comme un renversement où celui qui voit est renvoyée à lui-même à son reflet dans la vitre. Elle dessine les territoires du moi, un sol natal où poussent les fleurs dans un vase, où souvent un chat parachève ce rêve d'immobilisme par un sommeil sans fin. Entre surface et profondeur, la fenêtre semble sans épaisseur. Sur sa surface de verre inégale, les objets deviennent le miroir des autres objets et le jeu des reflets, un paysage de vibrations muettes. Descendue à hauteur d'oeil au Siècle d'or, la fenêtre hollandaise et flamande met en scène la réversibilité de l'être, le moment où "l'invisible se fait doublure, profondeur charnelle du visible"*. Elle est tableau, poème et couleur à la fois. 


*Maurice Merleau-Ponty, Le visible et l'invisible, Gallimard, 1964


Photographie, Haarlem© J' attends...

10.2.13

Frysk & Frij. Jopie Huisman, la Frise et le hareng nouveau



La cuisine du restaurant de L’Ogenblik n’a rien d’exceptionnel, mais c’est en cela qu’elle est essentielle.

Laurent Feneau, Bruxelles par les moustaches



























"Frysk and Frij" is a Frisian common saying meaning "Frisian and free." Playing on the words of the popular phrase, the Jopie Huisman museum in Workum organized an exhibition named Fisk & Frij and dedicated to Jopie Huisman's work and to the Frisian cultural traditions around the fish and fishing. 
Jopie Huisman(1922-2000) is a Dutch painter born in Workum. He is well known to have had an eye for cast offs and scraps. Reflecting on the fish culture in the Netherlands, I came up to think of the tradition of Maatjesharing...

Nieuwe Haring, Dutch New herring is a great seasonal delicacy. Vlaggetjesdag (Flagday) in Scheveningen is a Dutch festival celebrating the arrival of the first new herring of the year in June. Belgian and German people have their own way to prepare and savour its exquisite and tender flesh too. Eating new herring from the tail, with small cubes of onion or just in its naked and innocent simplicity with sushi rice,it is just up to you.

En cherchant à me documenter sur le hareng et en me perdant dans les onglets ouverts, j'ai découvert les chroniques gastronomiques en ligne du magazine Gmag, journal d'informations comestibles, et l'écriture de Laurent Feneau qui m'a mis les mots à la bouche.  



















19.6.12

Monde clos. Maria Hofker's Enchanted Garden

A  Paul & Anja 

"Etre seule dans mon jardin.
Dès que j'entre au jardin, le temps disparaît, l'âge ne compte plus. J'ai la certitude que rien de triste ne peut m'y arriver, si ce n'est la difficulté de le quitter".




















1 Maria Hofker in her garden. Photography Marÿke Heuff
2 Watercolour by Maria Hofker
3 & 4 Georg Rueter's garden In Sloterdijk. 
 Maria Hofker's father taking care of his roses. Photos Uitgeverij Waanders, Drents Museums



La couleur jaune du billet précédent sur le musée Frans Hals et le voyage à Haarlem et Amsterdam m'ont remis en mémoire une personne qui m'a accompagnée très longtemps bien que je n'ai pas eu la chance de la rencontrer dans la vraie vie. J'avais conscience d'habiter pas très loin de son jardin lorsqu' elle s'en occupait encore. Et cette pensée, pour moi emplissait les canaux, la ville entière d'une puissance végétale et bienfaisante. Elle est morte en 1999 et j'ai bien souvent pensé à elle quand j' habitais sur le Herengracht,  que j'arpentais les canaux d'Amsterdam et me perdais dans la verdure de Prinseneiland avec un ami photographe. Un vrai "Amsterdamer" qui connaissait le nom et l'emplacement de chaque arbre de sa ville natale. Qu'importe puisque le monde du  réel est moins fort que le monde de l'imagination; il passe quand les forces de l'esprit demeurent. Maria Hofker a voulu garder la trace de ce passage dans ses aquarelles. Ses carnets disent sa joie et son émotion à contempler son jardin. C'est une parcelle  ordinaire parmi des centaines d'autres, de 16 mètres sur 17 dont elle a fait un jardin sauvage en cultivant des centaines de vivaces et de roses. 


"Autrefois j'aurais souhaité un grand jardin, mais j'ai compris que le bonheur ne vient ni de la dimension, ni de la possession. Avec l'âge qui arrive, je suis ravie de sa taille et le fait de le louer ne change rien. Dès que j'entre au jardin, l'âge disparaît, l'âge ne compte plus. J'ai la certitude que rien de triste ne peut m'y arriver, si ce n'est la difficulté de le quitter". M.H.



The yellow colour of the post on the Frans Hals Museum in Haarlem reminded me of a person I never knew in real life but whose vegetal presence was very dear to me, Maria Hofker. I was very much conscious to live in her neighbourhood when I inhabited a house on Herengracht. Walking around through Amterdam's streets and canals with a true "Amsterdamer" friend, a photographer born in Amsterdam who knew the name and the place of each tree in his beloved city, I felt the fairy presence of the green. Sloterdijk was but only a few metres away "as the crow flies."    
Maria was born in July 1902  in the family house in Sloterdijk. Her father Georg Rueter was an artist - a painter, an illustrator and designer. He also was a very sensitive gardener. He had created an enchanted garden at the back of their house. Unfortunately in 1956, big changes were looming. Due to the city of Amsterdam's  expansion projects, the family  was expropriated. Their heart was broken but they endured uprootedness with dignity and fortitude. Nethertheless Gerarda died in November the same year. Maria Hofker's father and mother  were already aged 85 and 86. 






















 5 Willem. G. Hofker, Maria Hofker's husband. Self-portrait, 1935
 6 Petruskerk, Sloterdijk. Engraving by Georg Rueter
7 Marie-France Boyer, Marÿke  Heuff, Le jardin enchanté de Maria Hofker,  Editions du Chêne, réédition 2009 







21.5.12

Vanitas (1) Vanitas and Transience of Vita Humana


Grasping for the wind...

New King James Version



















1, 2 & 3  Hendrick Pot, Allegory of Transienceca 1633, panel, 58 x 73 cm





Le lit imposant, les vêtements d'homme négligemment jetés sur la chaise, le chapeau oublié sur le parquet, le coffre à bijoux  grand ouvert, le luth sorti de son étui, le perroquet aux couleurs criardes, les plis lourds de la nappe et de la robe, le laisser-aller de la pose, le désordre et le négligé de la scène, tout indique l'amour charnel et l'innocence perdue. La vieille femme tenant dans la main gauche un crâne humain et dans la main droite une fleur fanée, que ne voit pas cette belle amoureuse, nous rappelle cruellement combien la jeunesse et les passions humaines sont éphémères. Le jaune, à la symbolique ambivalente, emblème de la lumière céleste révélée aux hommes s'il est d'or pur couleur de miel se retourne en emblème de l'or terni et du soufre, s'il est lunaire. Il symbolise alors l’inconstance, la jalousie, les passions dépravées, l’adultère, la culpabilité, la trahison. Ce tableau fait partie de la collection permanente du Musée Frans Hals à Haarlem situé dans l'ancien Hospice des Vieillards, construit en 1608 par Lieven de Key











Après ou avant la visite, une délicieuse pause thé s'impose à Hofje Zonder Zorgen. Donnant sur le Proveniershof, ses hautes fenêtres sont baignées de la lumière verte des arbres du Hofje voisin. Leur "dadeltaart"* est irrésistible.





* Recette qui n'est pas celle du "Eet café" de Haarlem,
 mais qui en donne l'esprit.



18.3.12

Papillons (1) Transcending "naïve realism"





"Blauwe spinner". The body of this butterflyis made of thread
(w:18 h:50 d:5.5 cm)
"De draadspanner". A construction of a butterfly wing with thread and pins
(w:17 h:14 d:5.5 cm)

"Zwart vlek vlinder". With two upper embroidered wings
 (w:17 h:14 d:5.5 cm)
"Landkaart". The wings are partly made from maps where the butterfly originated. (w:26 h:20 d:5.5 cm)


Anne Ten Donkelaar is a Dutch visual artist who lives in Utrecht. In her 2011 work "Broken butterflies," she presents butterlies  repaired with new wings and bodies.



Rose Sanderson

Zygaena Kappadokiae, acrylic on book cover





Rose Sanderson

Papilio Glaucus, acrylic on book cover



Rose Sanderson is a Bristol based artist. "Current work focuses predominantly on the fragility of life, bringing to light many issues to do with human understanding. The object of death is seen not as a morbid obsession created to shock or offend but as an appreciation of what once was: to honour and celebrate its existence. Expressive backgrounds that give a feeling of decay (peeling layers of wallpaper, cracked surfaces, aged and 'distressed') are combined with fine attention to detail in the subject matter." Bo lee Gallery


A butterfly drawn by Nabokov in a book given to his wife, Vera

 Hand-illustrated butterfly by Nabokov on a copy of Lolita.






How I Loved the Poems of Gumilyov!


Poem in Russian ("Kak lyubil ya stikhi Gumilyova!").

Written July 22, 1972.

HOW I loved the poems of Gumilyov!
Reread them I cannot,
But traces have stayed in my mind,
such as, on this think-through:
"... And I will die not in a summerhouse
from gluttony and heat,
but with a heavenly butterfly in my net
on the summit of some wild hill."



A Job for Eternity



From "Prof. Woodbridge in an Essay on
Nature Postulates the Reality of the World"
Review of Frederick J. E. Woodbridge,

An Essay on Nature (1940).


THAT philosophers are essentially diurnal creatures (no matter how late into the night their inkpots and spectacles glitter) and that space would not be space if color and outline were not primarily perceived are suppositions that transcend the author's "naïve realism" just at the point where he seems to be most securely hugging the coast. But is visibility really as dominant as that in all imaginable knowledge of Nature? Though I personally would be satisfied to spend the whole of eternity gazing at a blue hill or a butterfly, I would feel the poorer if I accepted the idea of there not existing still more vivid means of knowing butterflies and hills.

[New York Sun, December 10, 1940]

For all lovers of Nabokov, I strongly recommend  the online version of Father's butterflies by the The Atlantic Monthly on line. 


5.3.12

Hand-made (2) Frysian Natural Wood

















The philosophy of Frysian workshop Slow Wood is to create timeless pieces with a raw natural elegance and a low impact on our planet.  Each piece is handmade by local craftsmen in Fryslân, using solid wood, 100% natural finishes and mineral paint.

20.2.12

Lotty Lindeman's Challenging Creations



Lotty Lindeman, Ontspruiten 2006 limited edition Arums Galerie Paris





Lotty Lindeman,Ontspruiten 2006






Nathalie Pasqua's home by photographer Yvan Tereschenko for Elle Decor Italia October 2010

"Man move things. Without the interference of human beings, objects like furniture are just shape. A function is only attached by use. The chair, initially an indefinable shape, transforms into a comfortable chair at the moment you sit down and folds back by itself as soon as you stand up (...). The chair is a dialog between man and object, a conversation in space. The chair is built up of a mechanical stainless steel frame which is covered by a woolen woven felt. Hundreds of tiny hinges make this fabric fold and expand. The making process is on the edge of what is possible and takes over a three weeks for each chair; it is a challenge to produce." Frankie Flood in Handverker.



This stunning chair by Lotty Lindeman, edited by Arums galerie reminds me  of other iconic design chairs, the B306 by Charlotte Perriand, Le Corbusier, and Edouard Jeanneret or the folding Lounge Chair by Eileen Gray for her project E 1027. More about it on Kaufmann Mercantile blog, "Eileen Gray E 1027 and the Architecture of Secrets."


Charlotte Perriand, on the B 306 Chaise Longue 1928, Design Museum London 



 Folding Lounge Chair by Eillen Gray, open on Kaufmann Mercantile blog

Folding lounge chair by Eileen Gray, folded on
Kaufmann Mercantile blog


16.2.12

DTILE Netherlands









 DTILE

Conçu en 1997 par ARNOUT VISSER, ERIK JAN KWAKKEL et PETER VAN DER JAGT, puis présenté par DROOG à Milan en avril 2001 sous la forme d'une cuisine expérimentale, le projet artisanal est édité pour la première fois en 2010 par une firme hollandaise DTILE. View here Dtile Pop-corn catalogue.
In 2001 three designers , Peter van der Jagt, ErikJan Kwakkel and Arnout Visser designed a system to tile three dimensionally. Originally as part of the Droog Design Collection, the products are now available to anyone. Pop-Corn is the French distributor of the Netherland firm DTILE Nederlands.