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26.8.14

Offered as a Bee. Dana Bechert's Unlikely Patterned Prairie



























"My way in the garden is similar to that of my ceramics practice.
Things are unpredictable and fragile with most of the results
stemming from forces outide myself. The landscape is laid out in a vibrant all over pattern; everything is planted everywhere.
As a beekeeper and cultivator I try not to place privilege on the species that provide for us, and instead gladly host any and all who find themselves wanting to share the refuge and abundance of the garden." *


Dana Bechert is a designer and a ceramist living in Baltimore. As a cultivator, a beekeeper and an artist she enjoys working with chances and "forces outside herself" to create balance through "chaos and variation". 





To make a prairie it takes a clover and one bee -


One clover and a bee


And revery.


The revery alone will do


If bees are few.

Emily Dickinson




* The Garden Edit, Garden series.  The Garden Edit was founded by English gardener John Tebbs

11.2.14

Putting my garden to bed. Le retour de Perséphone

I wonder if the snow LOVES the trees and fields, that it kisses them so gently? And then it covers them up snug, you know,
 with a white quilt; and perhaps it says "Go to sleep, darlings, till the summer comes again."

Lewis Carroll, Through the looking glass









Chaque année, je guette le moment où l'hiver finissant se transforme en printemps. Et chaque année les mêmes signes annoncent l'insaisissable et obscure métamorphose. Les potimarrons et les pommes engrangés à l'automne commencent à se flétrir, les pommes de terre se mettent à germer. En ville, ici à Cologne, les jours qui rallongent et la terre qui se réchauffe laissent apparaître les premières repousses d'hortensia. Les fleuristes ont reçu les premières jonquilles et les premiers muscaris chassent les dernières jacinthes. Je guette l'arrivée des fritillaires... De tous les jours de l'année, de tous les longs jours d'hiver, de toutes les nuits de lune, de toutes les heures de soleil et de toutes les heures de pluie, de toutes les heures d'éveil la nuit et de rêverie le jour, quand Perséphone s'apprête à sortir des Enfers, je pense  davatange encore à mon jardin et à ma forêt, à la terre sous mes semelles et à l'humus  qui se fait caresse sous mes pieds. En ville, je n'ai plus de pieds. Je ne touche presque plus le sol, je glisse à vélo dans les rues étroites et je n'entends plus que le vent qui s'engouffre dans mes roues et le son de la dynamo qui chante sa complainte lancinante. Quelle joie de glisser ainsi par tous les temps et surtout la nuit dans la ville délaissée par les voitures, quand les lumières sont si ténues qu'on ne se fie plus qu'aux reflets sur la chaussée humide. Pour les grecs anciens la fertilité du sol était étroitement lié à la mort symbolisée par le travail secret de la terre sur les semences ensevelies. Le retour de Perséphone était alors perçu comme une  promesse de résurrection. En quittant Senlis à l'automne, j'ai couvert mon jardin d'un douillet manteau de feuilles et d'humus, j'ai fabriqué des crinolines de polystyrène pour habiller mes plantes les plus délicates, l'ail d'Afrique, la verveine, la citronelle... et j'ai murmuré à ces belles: "Dormez, mes bien aimées jusqu' au retour de la saison dorée". 








Dessin sur Ipad de Franck EvennouComme je me plains du manque de jardin à Cologne, Franck m'envoie des arbres fruitiers pour verdir ma rue et les bords du Rhin. 




1.3.13

Saisir l'invisible. Les fritillaires, la pintade et l'ethnozoologie de Jean-Marie Lamblard




























Chaque année, je guette l'arrivée des bulbes de fritillaire, je les observe, je les désire, je les admire mais je laisse toujours passer le terme pour m'en procurer un pot. Le temps de les chercher voilà que leur saison, très courte, est déjà passée. On ne les trouve, chez les fleuristes, que pendant deux semaines tout au plus, vers la mi-février. Elles font partie des tout premiers bulbes qui annoncent le premier printemps. Chaque année, je traque les signes de ce moment insaisissable où l'hiver imperceptiblement se transforme en printemps, où la vie silencieuse et cachée de la terre s'apprête à exploser. En ville tout est différent, c'est tout mon système de signes qui est à recomposer. Où trouver les pointes de rhubarbe qui percent sous la neige comme si elles connaissaient le haïku de Bashô? Je ne les ai pas vues à Cologne mais j'ai pu mettre la main sur un pot de fritillaires et j'ai commencé à chercher à me documenter sur ces belles clochettes pourpres tachetées de points blancs qui me font tant rêver. Celles que l'on trouve ici s'appellent Fritillaire pintade ou Fritillaria meleagris. Pas étonnant puisque leur robe rappelle celle de la pintade. Ce nom savant recèle une partie du mystère de cet oiseau, la légende de Méléagre dont les soeurs inconsolables furent transformées en pintade. Encore un exemple de ces petits miracles qui arrivent sur la toile, en cherchant les qualités cachées dont mes fritillaires sont investies par transmutation avec la pindade, j'ai découvert le site de Jean-Marie Lamblard, chercheur en ethnozoologie et auteur de L'Oiseau nègre aux éditions Imago, un trésor d'érudition et de poésie.
Si pour nous la pintade n'évoque que "la bossue" des basse-cours de Jules Renard, cet explorateur ailé des mots et des choses, nous apprend qu'elle vient d'Afrique. Dans la religion vaudou, elle représente les esclaves émancipés en Haïti, dans les emprunts du monde byzantin à la religion chrétienne, elle devient le symbole de la vierge Marie, dans la Grèce antique elle est associée au mythe de Méléagre et de Dyonisos, les peintres du Quattocento vénitiens la placent souvent au premier plan de leurs tableaux soulignant tour à tour sa signification de pureté et de transgression, d'éternité et de renaissance. 
La plupart de ces documents iconographiques ou écrits en font un oiseau de Paradis, un oiseau porte bonheur à l'image des mille perles représentées sur sa robe et de l'abondance de sa ponte, un symbole de résurrection.  


Ca fait bien longtemps que ces petites clochettes m'avaient racontée toutes ces histoires à leur façon, inarticulée mais vibrante. Merci à Jean-Marie Lamblard de s'être fait au travers de sa passion pour les poules d'Abyssinie leur porte-parole. 














Liens: Lettres d'ArchipelSite et bloc-notes de Jean-Marie Lamblard. Histoires, fables et récits, contes et énigmes de Méditerranée
j'ai grandi, Isabelle Niehsen, fleuriste à Cologne






j'ai grandi
 Fleuriste
Rathanau platz 7 
50 674 Köln









*Jean-Marie Lamblard, L'Oiseau NègreL'Aventure des pintades dyonisiaques, Imago, 2003




1&2 Photographies J'attends...
3 Photographie Jean-Marie Lamblard, "Buffon remarque que la pintade porte sur le crâne un casque 'semblable par sa forme à la contre-épreuve du bonnet ducal du doge de Venise, ou, si l'on veut, à ce bonnet mis devant derrière' (De la Peintade, éd. 1771, p. 227.)"
Photographie Jean-Marie Lamblard, Mosaïque de Quasr el-LibiaLibye. Carré n°34 du pavement de l'église de l'évêque Makarios. Deux "poules Numidiques" entourent la Coupe de vie d'où jaillit un grenadier, arbre du Paradis venu des Perses, VIe siècle. 
5 Les Soeurs de Maléagre, dessin de Ernest Pignon ErnestLettres d'Archipel






3.3.12

Ecritures (1) Fleurs de Sollers



Berthe Morisot au bouquet de violettes, Manet, 1872



Bouquet de violettes peint par Manet pour Berthe Morisot 


Porte de Diane, château de Raray

"Violette, amour caché, clandestinité, secret, ambiguïté sexuelle, unisexualité, etc. Impossible, avec la violette, de ne pas penser au bouquet introduit par Manet dans le corsage de sa belle-soeur Berthe Morisot, elle-même fleur noire et rose au regard vif de noirceur. Du même, le bouquet de violettes, près d’un éventail, petit roman érotique. Ou bien cette provocation; le 1er avril 1930, à Berlin, a lieu la première du film de Sternberg, L’ange bleu, avec Marlène Dietrich. Le soir même, elle part vers New-York où elle restera jusqu’en 1960. Elle s’avance sur scène dans un manteau de fourrure blanc, l’enlève et montre, épinglé sur sa robe, dans l’entrejambe, un bouquet de violettes. Rires, photos, rideau. Tout cela semble loin, très loin, comme d’avant le Déluge. Ces signaux, ces récits de l’oisiveté sensible, nous racontent un monde où les femmes (du moins certaines) vivaient leur vie végétale en retrait, en serre, en marge centrale, en dissimulation, et comme en attente de fécondation. On envoie encore des fleurs, bien entendu, mais sans sous-entendus. Les lys ne filent toujours pas, mais les femmes, désormais, travaillent. Violette, beau prénom féminin. Mot étrange : viol, viole, violon, violoncelle, voile, voilette. "Ô, l’Oméga, rayon violet de ses yeux". Rimbaud, encore: "L’araignée de la haie ne mange que des violettes." Philippe Sollers, Fleurs, Ré juillet-août 2006, Hermann Littérature p.55.
Je me souviens que chaque année je suis surprise par l' éclosion hâtive des violettes , petites fleurs aux joues écrasées bleuies par le froid. Je me souviens de la porte de Diane du Château de Raray. C'est là, toujours, que je trouvais les toute premières de la saison. Elles sont pour moi et pour toujours associées à la personnne de Diane, Artémis, celle que j'appelle encore la triple Hécate.