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16.9.15

Petits Tableaux et Fragments. Caffeehimmel im Köln


Tu lis les prospectus, les catalogues, les affiches qui chantent tout haut. Voilà la poésie ce matin. 


Guillaume  Apollinaire, Zone 









ERNST

Bonner Straße 56

Köln Südstadt




Photographie, Cappuccino et Chai latte  © J'attends...


19.3.15

Petites Bêtes. Cycling up with La Philie

























Philie ou phobie ? 




La Philie a pris son nom de la famille des insectes phasmes de l'ancien grec φάσμα, phasma qui signifie apparition ou fantôme. Ces insectes doivent leur survie à une stratégie de camouflage qui les font se fondre dans la nature. Insecte feuille, ou insecte bâton ils sont presque impossibles à déceler comme il est quasiment impossible de déceler le vrai du faux dans ce trompe l'oeil plus vrai que nature. Les fourmis en colonnes serrées montent à l'assaut d'une vaisselle en porcelaine mise au rebut, qu'on trouve au kilo dans de nombreuses boutiques solidaires en Allemagne. Evelyn Bracklow aime leur redonner vie en célébrant le mariage de la tradition du trompe l'oeil et des vanités. Tout n'est qu'illusion et tromperie des sens. Le temps d'un instant, si fugitif, que saisit-on du réel?
J'ai découvert et aimé le travail de cette jeune artiste de Dortmund à la semaine du design de Cologne, Passagen qui se tient tous les ans en janvier. Chaque pièce est unique et peinte à la main par l'artiste pour qui les fourmis symbolisent toutes les histoires passées de cette vaisselle abandonnée à laquelle elle offre une nouvelle chance dans sa boutique en ligne sur Etsy








L'arrivée de la première coccinelle sur le rebord de ma fenêtre à Cologne la semaine dernière m'a tant ravie le coeur qu'avec elle sont revenus les souvenirs si simples et si beaux de la vie endormie qui se réveille au printemps. 






Photographies © Evelyn Bracklaw

6.3.15

L'immensité intime. La voyelle A


Habitants délicats des forêts de nous-mêmes

Jules Supervielle








MANTRA




La voyelle a est la voyelle de l'immensité. (...) Dans le mot vaste, la voyelle a conserve toutes ses vertus de vocalité agrandissante. Considéré vocalement le mot vaste, n'est plus simplement dimensionnel. Il reçoit comme une douce matière, les puissances balsamiques du calme illimité. Avec lui, l'illimité entre dans notre poitrine. Par lui, nous respirons cosmiquement, loin des angoisses humaines. (...) Parfois le son d'un vocable, la force d'une lettre ouvre ou fixe la pensée profonde du mot. (...) Mais quelle lenteur de méditation, il faudrait  savoir acquérir pour que nous vivions la poésie intérieure du mot, l'immensité intérieure d'un mot. Tous les grands mots, tous les mots appelés à la grandeur par un poète sont des clefs d'univers, du double univers du Cosmos et des profondeurs de l'âme humaine.






Gaston Bachelard, L'Immensité intime in La Poétique de l'espace








Galerie Wilma Tolksdorf

Hanauer Landstrasse 136

 Frankfurt am Main









Photographie © Axel Hütte, Niederwald -01, 2009 Ditone Print 155 x 205 cm Galerie Wilma Tolksdorf, Francfort





21.12.13

Small Epiphanies. A Winter Pilgrimage with Annie Dillard and Hélène Binet

I am what I see

Annie Dillard, Pilgrim at Tinker Creek





















Solstice d'hiver

All that summer conceals, winter reveals. Outside everything has opened up. Winter clear-cuts and reseeds the easy way (...). Everywhere skies extend, vistas deepen, walls become windows, doors open. When the leaves fall the strip-tease is over; things stand mute and revealed.


Annie DillardPilgrim at Tinker Creek



J'ai découvert pour la première fois le travail d'Hélène Binet en visitant la galerie Gabrielle Ammann. La galerie est située au fond d'une petite cour qui laisse entrevoir un jardin minimaliste de graminées et de petits cailloux blancs impeccablement ratissés  à la manière d'un jardin  zen. Je me souviens des photos des églises de Nicholas Hawksmoor  et d'un ou deux meubles design semblables à des sculptures. Je suis restée longtemps à regarder les photographies sans pouvoir m'en détourner, sans pouvoir échapper à leur séduction. Je suis retournée plusieurs fois à la galerie pour essayer de percer le secret de leurs lignes, de leurs textures, de leur composition, de leurs ombres. Il me manquait toujours quelque chose. Ce presque rien qui rendait les photos habitées, qui allait voir au coeur des choses, qui les déshabillait pour les montrer dans leur nudité. Hélène Binet raconte comment elle joue avec les ombres pour capturer l'essence de ce qu'elle photographie, mais aussi pour jouer des tours à celui qui les regarde. "Shadow is an amazing subject. Shadow is an absence. As an absence of energy you can compare it to silence or maybe cold air. It tells you the most. But it’s the one also that can trick you. Because you could have a feeling that it’s something else that you see. If you look at anthropology, different cultures, there has always been this interpretation of shadow. Shadow is always the lead in to something else. But then if you think about shadow as a sense of light you can go back in time and space and you can see that it connects you to the past."  Dans ses photos d'architecture, il y a souvent des ciels chargés de nuages en mouvement, signes du temps saisi sur la pellicule qu'elle utilise exclusivement. "I shoot only on film and plate. I don’t touch digital. There are many reasons: mentally it’s very different to work with film. It’s precious and every photograph you have to say yes! It’s now! There's no fiddling about and fixing it later. I really believe the soul of photography is its relationship with the instant. And the concentration is very different. It’s like a momentum, it’s like a performance." Depuis, j'ai compris que chacune de ses photographies a la puissance de créer une petite épiphanie, à chaque fois différente qui célèbre les noces du regard du photographe et du regard de l'orante que nous devenons quand regarder nous ouvre à nous-même  et qu'une aile claire nous parcourt d'un frisson de plumes. 


Composing Space,The Photographs of Hélène Binet Monograph on Hélène Binet's work by Phaedon, Limited edition










1,4 © Hélène Binet, Field and Weaving
2, 3, ©  Hélène Binet, Water and Stone




13.11.13

Palimpsest. Cologne's Sleeping Dream

A Cathie


Les sapins en bonnets pointus
De longues robes revêtus
Comme des astrologues
Saluent leurs frères abattus
Les bateaux qui sur le Rhin voguent  


Guillaume Apollinaire, Les SapinsAlcools














L'or des nuits*



Chaque ville a son rêve qui dort, palimpseste sur lequel s'écrit la mémoire de ses paysages, de ses murs, de ses fleuves, sur lequel l'ombre de ses arbres n'est figée qu'en apparence. La moindre touche peut le mettre en mouvement, le pli de la nuit la plus obscure peut se défaire pour laisser entrevoir tout un monde. Dans cet espace le passé, le présent et le futur ne font qu'un; Isis se confond avec Sainte Ursule, les voix se superposent les unes aux autres pour dire un maintenant qui se gonfle comme une voile au vent. Le regard qui scrute la toile, qui la regarde longuement soudain la voit vivre et s'animer. Le rideau qui dérobait à la vue ce maintenant s'est déchirée. Le portrait de Cologne en Jérusalem céleste si fidèlement dessinée vient transformer le paysage d'aujourd'hui; sur le ciel d'or du tableau les lourds bateaux à voile descendent le Rhin solennellement, les remparts de la cité renferment à nouveau le cercle des vivants, laissant les eaux noires s'éloigner des collines de Bonn et nourrir de leur vapeur céleste la frondaison des arbres au loin. La ville ne sera plus jamais la même, le musée lui a rendu sa mémoire. Elle n'est plus cette entité isolée qui élève ses bretelles d'autoroute et ses piles d'acier et de béton coupée des vieilles montagnes avoisinantes, des sources et des forêts de sapins doctes et savants dont elle aurait perdu la science. Ses hôtels de verre, ses immeubles et ses tours en forme de grues* sur les docks se rappellent ses peintres de la fin du moyen-âge, ses maîtres des légendes et des passions qui avaient leur atelier à un jet de pierre, dans la Schildergasse toute proche et qui ont fait de Cologne un immense centre d'art et de renouveau.

C'est curieux comme en écrivant ce petit texte après la visite de l'exposition, Secrets of the painters au Wallraff Museum, je me suis souvenue du poème d'Apollinaire. Combien de temps, étaient-ils restés là dans l'antichambre de ma mémoire ces sapins rhénans? Savaient-ils de toute éternité ces astrologues en chapeau pointu que j'irai un jour habiter les rives du Rhin? Faut-il qu'à travers leur silhouette disparue sous la neige de l'oubli le passé rejoigne le présent pour dire quelque chose du futur?  



                             *Guillaume Apollinaire, Nuit rhénane















Secrets of the Painters
Cologne in the Middle Ages
Wallraf das Museum
Cologne 

20 9 2013 - 9 2 2014


1, 2, Paysage de Cologne en Jérusalem céleste.
3 Détail Severinskirche.
 Photographs J'attends...






11.11.13

The Slightest Touch. Timpano by Sarah Westphal





Ce point, où une forme vire à l'informe, au chaos lumineux d'un excès de matière, où une forme se défait dans une autre, où le réel se mélange à son fantasme... un point pulsionnel baroque.

Christine Buci-Gluckman*





















Sarah Westphal is a German photographer who lives and works in Berlin and in Ghent. Her work is currently on show at The Wallraf-Richartz Museum in Cologne. With Timpano, she adresses the theme of a "visual fast." Nine large format or multi-parts photographs fill the gap left by important works which have been moved from the medieval section for the major special exhibition Secrets of painters, thus relating to a long tradition of the theme of  concealing and revealing. The title of the exhibition, Timpano evokes a historic genre of "textiles that were hung in front of valuable paintings" to underline their precious character. 

"Space is always present although we do not realize it. As soon as the slightest touch effects a change we can take a fresh look at that space. It is this touch, more than building things that I am interested in. Perhaps you could say that taking a photograph is the slightest touch. By doing as little as directing our gaze we touch things and are touched ourselves." Sarah Westphal 








Sarah Westphal
Timpano
Wallraf das Museum
Cologne

27. 9. 2013- 2. 2. 2014





*Christine Buci-Gluckman, La folie du voir. De l'esthétique Baroque, Editions Galilée, 1986


1, 2 Sarah Westphal, Photographs J'attends...
3 Maître de La légende de Sainte Ursule, L'apparition de l'Ange,(1492-1496), detail, Wallraf-Richartz Museum, Photographs J'attends...



9.1.13

La fin d'un monde. Lotte Jacobi's Portraits


 "My style is the style of the people I photograph"

Lotte Jacobi






























I have just seen  the exhibition of Lotte Jacobi's portraits  at the Käthe Kollwitz museum in Cologne. Unfortunately it was last Sunday, just on the last day of the exhibition and it is now too late to view it. It was really moving to see her chronicle of 1920's Berlin with the rise of National-Socialism in the background. In this respect, a portrait particularly retained my attention, the photograph of actor Hans Otto, murdered by the Nazis, who disguised their crime as a suicide and forbade anyone to attend his funeral. The young photographer Lotte Jacobi documented the artistic and intellectual life of the time; she was very committed to dance and theater and to circles that the nazis called the red Berlin. They viewed Berlin as "the reddest city after Moscow" and wanted to stamp out any form of contemporary art, which they considered as socially disruptive and decadent. Lotte Jacobi was then considered as a great representant of Avant-garde photography and after her emigration to New York never recovered the level of fame she had reached in Germany before the war. 





Neumarkt 18-24
50 667 Köln





1 Lotte Jacobi, Lotte Lenya, Kurt Weil's wife,Berlin 1928,© Lotte Jacobi Collection, University of New Hampshire, USA  

2 Lotte Jacobi, Art Historian, Leo Katz© Lotte Jacobi Collection, University of New Hampshire, USA 
3 Lotte Jacobi, Actor Peter Lorre, 1930
 © Lotte Jacobi Collection, University of New Hampshire, USA 
  4 Lotte Jacobi, Actor Hans Otto arrested and killed by the Nazis  November, 24 1933  photo of photo
 5 Lotte Jacobi, Self-portrait with camera, 1929, © JüdischesMuseum Berlin
Later on, she commented this portrait by writing on it " What am I going to do now?"
Otto Steinert, Lotte Jacobi, 1976
7 Käthe Kollwitz Museum, Photo J'attends... 









Since 1981, The University of New Hampshire has held the copyright for the photographs and correspondence of Lotte Jacobi.



Do you remember Cabaret, Bob Fosse's film with Liza Minelli adapted from a short novel set in Weimar Germany, by Christopher Isherwood, Goodbye to Berlin ?











  











17.12.12

A Day in Düsseldorf. Andreas Gursky and the Values of Truth



"Photography is a reality so subtle 
that it becomes more real than reality."
Alfred Stieglitz

























Grand tableau d'histoire? Théâtre de l'artifice? Ambiguïté de la présence humaine? Nouvelle fresque mythologique? La photographie d'Andreas Gursky oscille entre le macroscopique et le microscopique. Dans une vision vertigineuse de l'espace, son image  fait cohabiter une myriade de prises de vue retravaillées sur ordinateur avec un logiciel de retouche pour donner à voir la composition que le photographe-artiste* a en tête. L'oeuvre qui semble représenter la photographie d'une page de L'Homme sans qualités fonctionne comme un manifeste esthétique qui nous donnerait les clés de sa démarche. L'artiste a réassemblé des phrases prises dans les 1700 pages du texte inachevé de Robert Musil pour en donner sa propre version, une vision du cosmos musilien comme une particule de synthèse, la formation artificielle d'un corps  re-composé.  


*comme il se définit lui-même













23.09 2012 - 3.02.2013
Ehrenhof 4-5 
40479 Düsseldorf 


Andreas Gursky, ST XII n1, 2000  Andreas Gursky
2  Andreas Gursky, Bahrain I, 2007 Andreas Gursky
3, 4, 5  Museum Kunstpalast, Photography J'attends 
6  Gerda Steiner & Jorg Lenzlinger Das Vegetative Nerven System, 2006, 
Photography J'attends 
7  Calvin & Hobbes, cité par Lunettes Rouges



















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