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15.7.16

Ciels. Venice

Regardant le plafond où des crabes et des algues poudrés de sel, s'enlevaient en relief sur un fond grenu aussi blond que le sable d'une plage... 


 Joris Karl Huysmans, A Rebours














Entre chien et loup à Venise, la lagune se répand dans le ciel et la ville poisson se fait aussi sphérique qu'une boule de mercure. La tête vous tourne et les anamorphoses tout autour de vous vous font perdre votre ancrage. L'eau stagne sous les ponts et vous réfléchit dans un ciel de soufre et d'or. On ne sait trouver l'échelle qui monte au ciel ou qui descend dans les abîmes. Partout dans les églises ou les scuole, les jeux de perspective et les trompe l'oeil vous préparent à cette plongée dans les nuées ou dans les eaux, à ce renversement de la ligne d'horizon. Elévation ou chute vertigineuses, tout dépend de la strate du monde dans laquelle le peintre ordonne votre position, en contrebas de l'escalier qui monte au Temple ou parmi les noyés de la mer Rouge. Toujours aux passages.    



Photographies: Quand fondra la neige où ira le blanc,
 Palazzo Fortuny
Philippe Parreno, Speech Bubbles, 2009




 

Chiesa  di San Sebastiano 





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8.10.14

The Voice of Things. Les secrets de l'entr'ouvert


A Janus, dieu des commencements et des fins,
 des choix, des clés et des portes






















Une porte ouverte dont la présence au premier plan fait la part belle à son chambranle et à son envers panneauté, une autre à peine esquissée dont la forme cintrée ne laisse entrevoir son ouverture que par son absence, signifiée par un pan de lumière plus intense, les plis d'un lé de rideau dans l'ombre se substituent à la présence d'un majordome silencieux qui présiderait à l'ouverture et à la fermeture, au passage et au chemin ; un carrelage en damier accentue la perspective pour mieux orienter notre regard vers le secret de cette porte qui se dérobe dans l'élévation vers la lumière, vers le théâtre de l'entr'ouvert de la peinture d'intérieur du Siècle d'or hollandais. La frontière objet-sujet s'abolie dans la douceur des dégradés de gris et le velouté d'une impression aux pigments, dans les jeux de lignes et de plis d'une écriture de lumière. L'oeil se tient sur cet entre deux où il recueille l'énergie des mutations, des passages et des flottements d'un monde où le silence remue, où les frontières vacillent, où n'est pas perçu ce qui croit percevoir, où croît et s'accroît la vie muette et profonde des choses.* 





LES PLAISIRS DE LA PORTE


 Les rois ne touchent pas aux portes.


 Ils ne connaissent pas ce bonheur: pousser devant soi avec douceur ou rudesse l'un de ces grands panneaux familiers, se retourner vers lui pour le remettre en place, - tenir dans ses bras une porte.


 ... Le bonheur d'empoigner au ventre par son nœud de porcelaine l'un de ces hauts obstacles d'une pièce; ce corps à corps rapide par lequel un instant la marche retenue, l'œil s'ouvre et le corps tout entier  s'accommode à son nouvel appartement.


 D'une main amicale il la retient encore, avant de la repousser décidément et s'enclore, - ce dont le déclic du ressort puissant mais bien huilé agréablement l'assure.      




Francis Ponge,  Le parti pris des choses



Friederike von Rauch


La Galerie Particulière 
16 rue du Perche 
Paris 3

La Galerie Particulière
14 place du Châtelain
1050 Ixelles Bruxelles 





Photographies © Friederike von Rauch, Série Sleeping Beauties, 2011

*Texte, J'attends