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21.5.14

Le grand désordre. Kitty Crowther's Little Devils


La journée, il faut de l'ordre, la nuit, je ne sais pas. Je dors.
Qui sait, peut-être que les choses bougent de place la nuit.

Kitty Crowther








Il fait un peu gris dehors, parfaite journée pour nettoyer. Emilienne  a vidé toutes les armoires de sa cuisine. Il y en avait des choses: des mites, des pâtes qui datent d'avant sa naissance. Du moins, c'est ce qui est indiqué sur l'emballage. Elle a retrouvé son cerf-volant, une des ses brosses à dents, un bec de mouette séché et une vieille photo en noir et blanc de mère-grand. En tailleur  à carreaux, une cigarette en main et le regard perdu dans un songe.(...)
Lorsqu'il fait nuit, épuisée, Emilienne s'installe pour dormir dans dans une des armoires de la cuisine, avec un gros coussin, un sac de couchage, une bougie et une lampe de poche. Il faut attendre toute la nuit que sa chambre sèche. Tout sent merveilleusement bon.(...)
Daguerréotype a pris possession de l'armoire au-dessus, sa queue dépasse, en forme de point d'interrogation à l'envers. En voulant l'aider, il a cassé trois tasses en porcelaine. Emilienne les a recollées. Elle les a remplies de terre et y a planté trois graines de capucine. Elles dorment, à présent, sur son balcon. 
Cette nuit-là, Emilienne rêve de jungle de capucines et de mère-grand en tailleur à carreaux.


Emilienne, the girl sitting in the green armchair, has trouble organizing her things. I actually wrote this story to a friend of mine, who – just like me – doesn’t particularly enjoy cleaning up.
When working on the book I was thinking about how we judge each other by how messy we are. The small black creatures come from the messy world. I quite like them.
I enjoy the thought that we can see more than we might first think. Sit quietly and still. Once you’re completely bored, the small black creatures will appear…



Kitty Crowther is a Belgian illustrator and author born in Brussels in 1970 to a British father and a Swedish mother. She spent much of her childhood in Veere, a small Zeeland haven. It definitely shaped her relationship to nature.
Born with an hearing impairment, she could not speak before the age of 4, as a result of which she developed an acute awareness to atmosphere, body language and the invisible.
"There are so many ways to believe, Kitty Crowther told a journalist, I believe in everything you can´t see."










1 Kitty Crowther, Le Grand désordre, Seuil jeunesse 2005
2 Le Monde de Kitty Crowther, Pastel, l'école des loisirs

2.5.14

Order and Disorder. La vie matérielle

Nous sommes là. Là où se fait notre histoire. Pas ailleurs.

Marguerite Duras














La Maison 


La maison, c'est la maison de famille, c'est pour y mettre les enfants et les hommes, pour les retenir dans un endroit fait pour eux, pour y contenir leur égarement, les distraire de cette humeur d'aventure, de fuite qui est la leur depuis le commencement des âges. Quand on aborde ce sujet, le plus difficile c'est d'atteindre le matériau lisse sans aspérité, qui est la pensée de la femme autour de cette entreprise démente que représente une maison. Celle de la recherche du point de ralliement commun aux enfants et aux hommes. 
Le lieu de l'utopie même c'est la maison créée par la femme, cette tentative à laquelle elle ne résiste pas, à savoir d'intéresser les siens non pas au bonheur mais à sa recherche comme si l'intérêt même de l'entreprise tournait autour de cette recherche elle-même, qu'il ne fallait pas en rejeter résolument la proposition du moment même qu'elle était générale.(...) 
La maison manque toujours de place pour les enfants, toujours, dans tous les cas, même celui de châteaux. Les enfants ne regardent pas les maisons, mais ils les connaissent, les recoins, mieux que la mère, ils fouillent les enfants. Ils cherchent. Les enfants ne regardent pas les maisons, ils ne les regardent pas plus que les parois de chair qui les enferment quand ils ne voient pas encore mais ils les connaissent. C'est quand ils quittent la maison qu'ils la regardent. 


Marguerite Duras, La Vie matérielle  P.O.L,  1987









Photographies © Marine Gobled, blog Studio Nord, Bruxelles