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6.8.16

De terre ou de mer ? A la découverte du Cotentin

Ô que je voudrais qu’il vous fût possible de voir un peu mon endroit natal avec moi! J’imagine que ce pays vous plairait par bien des côtés de sa physionomie, et que vous comprendriez combien je m’y sens de plus en plus attaché. Je crois que sa physionomie seule serait suffisante pour attacher un homme fait pour recevoir des impressions. 
Ô encore un coup, comme je suis de mon endroit !  

Jean-François Millet*





Dans le cellier de la maison natale de Jean-François Millet, bien rangée sur les étagères de la vaisselle en terre ayant appartenu à la famille du peintre, très unie dit-on. Des jarres et des pots pétris de terre et d'amour comme les draps de chanvre et d'ortie qui gardent la mémoire des grands événements de la vie, mariage, accouchement, premiers émois. Toute la vie des choses muettes est là devant vous. Le plus vivant ne se donne pas à voir ni à sentir d'emblée dans ce hameau de Gruchy qui respire l'arrière pays plus que la mer si proche. Juste au bout de la ruelle derrière une barrière coutançaise, la mer vous surprend comme une bête tapie derrière les rochers. 







Maison natale Jean-François Millet

Hameau Gruchy

50440 Gréville-Hague






Photographies : J'attends...
Dessin de Jean-François Millet ,  Le vieil arbre du bout du village de Gruchy.
Orme, depuis, abattu par la tempête.

* Lettre du 12 août 1871 à Sensier


5.8.16

Dans l'eau comme dans le ciel. A la découverte du Cotentin.

 L’histoire de ma vie, de votre vie, elle n’existe pas, ou bien alors il s’agit de lexicologie. Le roman de ma vie, de nos vies, oui, mais pas l’histoire. C’est dans la reprise des temps par l’imaginaire que le souffle est rendu à la vie. Rien n’est vrai dans le réel, rien.

Marguerite Duras*









Une immensité de douceur dans un ciel blanc et vide. Granville, petite ville portuaire du Cotentin aurait pu être le lieu de tournage de Moderato Cantabile si Peter Brook et Marguerite Duras en repérage  sur la côte de La Rochelle à Bordeaux n'avaient choisi une ville au bord d'un fleuve**, pour éliminer tout espoir d'ouverture sur un ailleurs. L'obscurité du vide, un certain état de vacuité pour frôler de sa plume le désir féminin de perte de soi, d'anéantissement. 




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* Marguerite Duras, propos rapportés par Frédérique Lebelley, 
in Duras ou le poids d’une plume, Grasset, 1994.
** Blaye en Gironde


20.9.15

Landscape. The Ribbon of Hours


O for a Life of Sensations rather than of Thoughts! 








Allongée sur le sable j'écoute les sons bleus, cotonneux du bord de mer, le sac et le ressac font écho au battement enfoui de nos coeurs. Scintillants, éclatants et durs comme du diamant, des débris de pensées roulent sur l'écume des heures. Des rêveries à la dérive flottent et se répandent dans le ciel, fouettées par la marée. 
Les yeux fermés, éblouis de lumière, chacun porte en soi un paysage intérieur qui donne prise au vent dans le grand fracas de sa mémoire.
Pour moi aujourd'hui c'est un long ruban de mers qui claque comme un cerf-volant au bout de ses longues lignes de paysages marins, les mers noires de côtes déchiquetées dans la tempête, les mers champêtres vertes et calmes dans les prés où tangue un clocher à l'heure de midi, les mers tropicales de turquoise et d'or dans la respiration de la nuit, les plages d'encre violette de Cornouailles sur le papier de La promenade au phare*.  Chacun s'est construit au hasard des jours ces paysages portatifs, ces cerfs-volants cousus des émotions et de la couleur des heures, chapelets de gaze et de brume qu'on égrène sous les ciels changeants de nos humeurs, ce grand océan liquide répandu sur le sable et vaporisé dans le ciel où les nuages sont des vagues renversées.

 

Photograph © Hanna Ljungh, Vivisections I


*Virginia Woolf,  To the Lighthouse 



11.3.14

Le ravissement de l'infini. Marguerite Duras à Trouville



Regarder la mer, c’est regarder le tout. Et regarder le sable, c’est regarder le tout, un tout. C’est à Trouville que j’ai regardé la mer jusqu’au rien.


Marguerite Duras 
  















Marguerite Duras regarde la mer, longuement indéfiniment. Il semble que la mer entre à flots par les hautes fenêtres de son appartement des Roches Noires. Elle regarde la mer infiniment  jusqu'à l'engloutissement, jusqu'à la disparition, jusqu'au rien. La mer semble monter par delà le troisième étage, semble dépasser les toits de l'ancien hôtel où jadis Marcel Proust était venu dormir avec sa mère et sa grand-mère. C'est dans l'épouvante et dans l'effroi que MD dit avoir écrit Le ravissement de Lol V Stein à l'été 1963 dans un moment de profonde solitude, d'enfermement et d'isolement. Elle vient de rompre avec Jarlot et sombre dans l'alcool. Trouville c'est le trou noir, le pays sans nom, le pays du tout, du rien et de personne. C'est le retour à la mer de son enfance, aux traumatismes et à la folie de la mère. L'eau c'est le liquide dans lequel baignent toutes les femmes des romans de Duras, l'élément indifférencié dans lequel se dissoudent les identités et les voix. C'est le lieu de la perte de soi et du ravissement, le lieu du "tourment de l'impossible narration" dont parle Blanchot, le lieu des noyés et des sans voix, le lieu de la lucidité limite et de la dépersonnalisation, le lieu du temps qui boucle et de la remémoration sans fin. C'est le lieu du théâtre. Le théâtre de la mer qui rend les corps abandonnés, du flux et du reflux de l'écriture qui reprend les anciens brouillons et les retravaille jusqu'à la limite de l'effondrement. "Ainsi, de juin à octobre, entre Trouville et Paris, Duras s’efforce de faire tomber tout un théâtre de mots dans une prose hallucinatoire, flottante, insaisissable. Elle ne sait pas où elle va, la frontière même entre ses personnages lui devient poreuse, certaines voix interchangeables. Elle a renoncé à "dire"  pour "faire résonner", et tourne autour d’un "mot-absence, un mot-trou". Il s’agit pour elle d’atteindre à travers l’écriture un état d’indifférence, une anesthésie des affects, qui n’est pas une maladie : "c’est un état que je pense que beaucoup de gens frôlent". 




J’ai toujours été au bord de la mer dans mes livres... J’ai eu affaire à la mer très jeune dans ma vie, quand ma mère a acheté le barrage, la terre du  Barrage contre le Pacifique et que la mer a tout envahi, et qu’on a été ruinés. La mer me fait très peur, c’est la chose au monde dont j’ai le plus peur... Mes cauchemars, mes rêves d’épouvante ont toujours trait à la marée, à l’envahissement par l’eau. Les différents lieux de Lol V. Stein sont tous des lieux maritimes, c’est toujours au bord de la mer qu’elle est et très longtemps j’ai vu des villes très blanches, comme ça, blanchies par le sel, un peu comme si du sel était dessus, sur les routes et les lieux, où se déplace Lola Valérie Stein... C’est très tard que je me suis aperçue que ce n’était pas S. Thala, mais Thalassa.


Marguerite Duras, entretien avec Michelle Porte, Les lieux de Marguerite Duras, 1976



Lol V. Stein c'est quelqu'un qui réclame qu'on parle pour elle sans fin, puisqu'elle est sans voix. C'est d'elle que j'ai parlé le plus, et c'est elle que je connais le moins. Quand Lol V. Stein a crié, je me suis aperçue que c'était moi qui criais. Je ne peux montrer Lol V. Stein que cachée, comme le chien mort sur la plage. 

Marguerite Duras, entretien avec Catherine Francblin, Art Press International, janvier 1979.






Lien: Marguerite Duras regardant la mer, document INA  








Brocante de Gilbert Zalc 
22/24 rue Docteur Couturier 
Trouville












1 Les Roches Noires, photographie © Hélène Bamberger
2 Bureau de Neauphle-le-Château, photographe inconnu 
3 Trouville,  photographie J'attends...
4  Brocante et maison d''hôte de Gilbert Zalc à Trouville



19.10.13

Quand les dieux habitaient la terre. Massimo Izzo's World of Gems


  Chi dice che l'arte non va indossata? 

Massimo Izzo 

















Terre de sang, de lave et de sperme, la Sicile semble avoir été engendrée par les Dieux ivres de passions. Partout la noirceur se mêle à l'extase, les corps blessés de la mythologie grecque et romaine et de la légende dorée se pâment et se déchirent. La côte déchiquetée, enchanteresse et noire révèle sous un soleil de plomb des grottes scintillantes qui se désignent comme cache de monstruosité et les fonds marins recèlent les secrets amers de la beauté bafouée. Nulle part comme à Syracuse sur l'île d'Ortygie, la terre ne célèbre ses noces barbares avec la mer. C'est là qu'Aréthuse dissimulée par un nuage et transformée en fontaine par Artemis a cru pouvoir échapper à la poursuite d'Alphée, dieu fleuve qui répand ses eaux sous la mer pour s'unir à la nymphe. Massimo Izzo dans son atelier d'Ortygie ne travaille pas que l'or, le corail, les turquoises, le jade et les perles, mais tente d'allier à la haute joaillerie les sensations et les émotions que lui inspirent sa terre natale, le monde marin et sa mythologie puissante. Nourri des légendes et des mythes qu'on lui a raconté depuis l'enfance et qu'il a vus sur son île comme dans un livre d'images à ciel ouvert, il célèbre l'enchantement du quotidien et de l'art. 





















Massimo Izzo 
Galleria gioiello e laboratorio
Piazza Archimede, 25
Siracusa





1 Bernard Picart, Arethusa Pursued by Alpheus and Turned into a Fountain, 1731

2 Euainetos, Head of Arethusa wearing pendant earring and necklace,
 four dolphins around. Reverse of a silver decadrachm from Syracuse,
 Sicilia minted ca 400 BC. Museum of Fine Arts of Lyon
3, 4 Jewellery Massimo Izzo, Photos J'attends... 



14.8.12

The Sublime in Contemporary Art. Hiroshi Sugimoto's Views of the Invisible




"Every time I view the sea, I feel a calming sense of security, 
as if visiting my ancestral home; I embark on a voyage of seeing."

Hiroshi Sugimoto















Black Sea, Ozuluce, 1991. Gelatin silver print, edition 14/25, 16 5/8 x 21 5/16 inches (42.2 x 54.1 cm) . Solomon R. Guggenheim Museum, New York,Gift, The Bohen Foundation  2001.270. © 1991 Hiroshi Sugimoto
Tasman Sea, Ngarupupu, 1990. Gelatin silver print, edition 5/25, 16 9/16 x 21 3/8 inches (42.1 x 54.3 cm) . Solomon R. Guggenheim Museum, New York,Gift, The Bohen Foundation  2001.268. © 1990 Hiroshi Sugimoto 
Tyrrhenian Sea, Amalfi, 1990. Gelatin silver print, edition 11/25, 16 1/2 x 21 3/8 inches (41.9 x 54.3 cm). Solomon R. Guggenheim Museum, New York,Gift, The Bohen Foundation  2001.269. © 1990 Hiroshi Sugimoto
Ligurian Sea, near Saviore,1993.Silver Gelatin Print 182,4 x 154,2 cm © Hiroshi Sugimoto/ courtesy of Gallery Koyanagi . Exhibited in Le temps retrouvé, Collection Lambert, 2011


When I saw these huge gelatin silver prints of Sugimoto's seascapes series for the first time last year at the Collection Lambert during the exhibition Le temps retrouvé I felt literally drawn into Sugimoto's image, lost into a sea of meditation. Since then I read and thought much about his work. I grew really enthusiastic when I learnt that he began working in 1980 on an ongoing series of photographs of the sea and its horizon, Seascapes, in locations all over the world. The black-and-white pictures are all exactly the same size, bifurcated exactly in half by the horizon line. How can he drive the viewer to want always to look closer at his seas of "time exposed"?  His use of an 8×10 large-format camera and extremely long exposures  up to three hours enables him to explore both physical and spiritual boundary as well as  the phenomenology of the picture plane.  
While deeply metaphysical and existential these photographs are a meditation on photography itself.











Hiroshi Sugimoto, self-portrait 2003





11.6.12

Traces et mémoires imaginaires. Le monde marin d'Athéna Poilâne



"Tout scintille et le songe est savoir."
Paul Valéry, Le cimetière marin








































Flechettes / 2011 /vellum, acrylic, wood on canvas 
2 Le fort des rimains / 2009 /q-tips and acrylic on canvas detail
3 Imprints / 2011 / paper, yarn and acrylic on canvas  
Box 4 (series II) / 2010 / mixed media  detail 
Box 5 (seriesII) / 2010 / mixed media  
6 Ipnops necklace - silver
7&8 Vues de son atelier

A n'en pas douter la mer est pour l'artiste française installée à Brooklyn, Athéna U. Poilâne, un grand diamant, "un espace clair qui scintille". Chaque fragment ramassé semble se transformer sous son regard en événement pur. Chaque ombre, chaque creux se transforme en "forme pensive", en archéologie  marine. Ce sont les souvenirs et les émotions d'une enfance passée sur les plages de Bretagne  qu'elle recycle en bijoux, en sculptures, en boîtes "que de fins éclairs consume". Elle a choisi d'ancrer son travail dans le terreau de la mémoire et du regard juste, comme en témoigne son parti-pris d'artiste: "As a child, I spent my summers by the sea and developed a fascination with the natural environment that surrounded the French Brittany coast. I was always encouraged to look around me for the beauty in details that were seldom noticed and made it a habit to look for the trace of time on the discarded; rust on a chain, barnacles growing on rocks in shallow water. Evidence of nature taking over and transforming things as time passes has been an inspiration in how I handle material and experience my work. I’m interested in bringing together unusual objects that are both natural and man-made, to create hybrid portraits that illustrate an imagined memory."
    







A voir son journal visuel "Inspiration and Jewelry" sur Tumblr.





Opales d'Ethiopie





Vernissage de l'exposition Athéna U. Poilâne


 Tableaux, Sculptures, Bijoux 
à IBU Gallery le 14 juin de 18h à 21h
 Exposition jusqu'au 30 septembre 






Jardins du Palais Royal 




166 Galerie de Valois, Paris 1°
Contact: Cyril Ermel, IBU Gallery