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4.10.15

Utterly Blue, Glorying White











Do you know the New York sky? You should, it is 

supposed to be known. It is outsanding. It is a serious

thing. Can you remember the Paris sky? How unreliable, 

most of the time gray, often warm and damp, never quite

perfect, indulging  in clouds and shades; rain, breeze and

sun sometimes managing to appear together. But the New

York sky is blue, utterly blue. The light is white, a 

glorying white and the air is strong and it is healthy too. 

There is no foolishness about that sky. It is a beautiful

 thing. It is pure. 





Louise Bourgeois, the puritan



Photograph :  Louise Bourgeois, Repairs in the sky from the series What is the Shape of this Problem, 1999 © Moma

   

30.3.15

Boîte à secret. Les mises en boîte de Man Ray








Bachelard l'a écrit, il y a dans l'armoire "des rayons de lune que l'on peut déplier", "il y aura toujours plus de choses dans un coffret ouvert que dans un coffret fermé". Quand cette boite d'allumettes est fermée on voit écrit sur le devant de son tiroir, CLEFS, en lettres majuscules. Vers la fin de sa vie, Man Ray avait pris pour habitude de ranger de menus objets dans des boîtes d'allumettes qu'il recouvrait de portraits photographiques de ses amis, ici les yeux de Miró. A l'intérieur, des clefs miniatures dont on ne sait ce qu'elles pouvaient bien ouvrir.  
C'est un des objets photographiques exposés dans la nouvelle Galerie de photographies de Beaubourg inaugurée en novembre dernier avec une première exposition consacrée à Jacques-André Boiffard.
Avec cette exposition thématiqueClément Chéroux et Karolina Ziebinska-Lewandowska les deux curateurs tentent de nous interroger sur le fait photographique. Pour ce faire ils ont sorti des réserves du musée qui comptent plus de 50000 négatifs et 40000 tirages une cinquantaine d'oeuvres d'artistes aussi divers que Brassaï, Ugo Mulas ou Jeff Wall autour de problématiques aussi variées que le désir de voir, la matière, l''alchimie, la distance ou la praxis. Ils ont rebaptisé cette oeuvre de Man Ray Des clés pour comprendre. Ils voient dans cette boîte à clés une métaphore du geste photographique. 


Un des grands bonheurs de ce lieu est qu'il est en accès libre. Pas de caisse, pas de queue, pas de statistiques. Vous entrez, vous sortez, vous revenez quand vous voulez. Assez confidentiel et secret pour un plaisir à garder juste pour soi.  




Qu'est-ce que la photographie ?

Galerie des photographies 
Centre Pompidou Paris
4 mars 2015 - 1er juin 2015


Et pour la pause, la délectation d'un vrai bon café de barista pas si facile à trouver dans le centre de Paris, le nouveau lieu de Youssef ouvert en février dernier.  




Fragments
76 rue des Tournelles 
75003 Paris 



Et pour continuer et être tout à fait frivole, j'espère qu'on me pardonnera, ce premier printemps est juste enivrant, juste en face la délicieuse boutique vintage Odetta. Tant pis, j'assume.





Odetta
Vintage mode et mobilier
76 rue des Tournelles
75003 Paris








Qui dira la libéralité du et qui ajoute sans retirer, qui additionne sans soustraire qui accumule et rassemble, qui réconcilie les contraires sous le soleil de midi sans le partage d'une ombre. 

30.12.14

Haunted interior. Inside au Palais de Tokyo


One need not be a Chamber—to be Haunted—
One need not be a House—
The Brain has Corridors—surpassing
Material Place—


Emily Dickinson








On entre dans l'exposition Inside au Palais de Tokyo en passant sous les poutres de l'installation de Enrique Oliveira dont le bois de tapures, provenant de palissades éphémères destinées à protéger les chantiers proliférant de Sao Polo, semble vouloir retourner à la nature. Une oeuvre forte qui nous interroge sur nos racines, sur notre ancrage. Organique ou urbain?  On traverse la forêt de carton découpé d'Eva Jospin. D'où venons-nous? Où voulons-nous aller? Par quels rites de passage parviendrons-nous à trouver une ouverture? L'épreuve de confrontation à soi-même et à l'autre dans le parcours labyrinthique peut commencer, l'exploration de territoires de l'entre-deux entre ouverture et enfermement, entre dehors et dedans brouillent nos repères habituels et nos routines bien huilées. Les dessins du Troisième jour de Marc Couturier nous offre une contemplation plus sereine et une mise à distance poétique de nos peurs. Le graphite s'empare des murs tout en douceur pour raconter l'élan originel de la création. Avec la sculpture d'Abraham Poincheval, une peluche habitable, on se glisse dans la peau de l'ours, dans la peau de l'autre pour retrouver l'animalité qui est en nous. La visite se poursuit avec de très belles pièces de Ryan Gander, moulages en résine et en marbre de cabanes improvisées par sa petite fille avec des coussins, des draps, des livres et des tréteaux. Imitant les drapés de la sculpture classique ces oeuvres nous placent sous l'immense protection symbolique de la cabane d'enfant tout en nous confrontant à la froideur glacée du marbre. Plaisir et joie avant de continuer vers des contrées plus  troubles et des propositions plus sombres et inquiétantes.  L'installation de Berdaguer et Péjus, C28 nous immerge dans un paysage mental tout blanc constitué de dessins d'arbres réalisés par des patients lors de tests psychologiques, auto-portraits qui renvoient à des histoires individuelles dans lesquelles chacun peut retrouver une part de soi ou de l'autre. Le refuge de Stéphane Thidet est une cabane en bois qui n'offre aucun abris puisqu'il pleut à flot à l'intérieur. Rapport d'inversion, on regarde par la fenêtre la pluie tomber à l'intérieur. Où est le refuge, à l'extérieur, en nous-même peut-êtreMarcius Galan nous fait passer de l'autre côté du miroir avec Diagonal Section, une oeuvre illusionniste pour une expérience initiatique. Le parcours nous piège et nous dirige vers des territoires de plus en plus bouleversants, parfois à la limite du tolérable. L'exposition nous tend un miroir de notre propre espace intérieur, de nos doutes, de nos morcellements, de  nos conflits, de nos dénis. Reynolds Reynolds et Patrick Jolley mettent le feu à notre intérieur dans une vidéo qui ne manque pas de nous interroger, de nous suffoquer. N'espérez pas y échapper. Valia Fetisov a imaginé un dispositif qui vous enferme seul dans une pièce vide ou presque, à l'exception d'une chaise et d'un moniteur; sans indication chacun doit trouver en lui-même la solution pour en sortir. Libre à vous de prendre ou non le risque de cet enfermement. Ouf! La Salle des instructions de Jean Michel Alberola fait parler les murs et nous suggère que la sortie est à l'intérieur. (Parcours incomplet, cliquer ici pour en savoir plus).



Inside 

20 octobre - 11 janvier 2015

13 avenue du Président Wilson
75 116 Paris




Photographie, © Ryan Gander, I is...


5.3.14

Pauline dans les nuages. Marianne Evennou's Tale of Two Dormers


Chacun cherche son toit























Two dormers and a skylight, Marianne Evennou has a keen awareness and sensitivity to capture the defining feature of a place and the spirit of its inhabitants.  A garret under the roofs of Paris from where Pauline can contemplate the trees dreaming in the grey sky, a ladder to climb to the chambre d'ami -the young woman has friends all over the world, and is always accomodating someone in her romantic attic... A small budget for the refurbishing, but a lot of energy and creativity instead. Marianne led Pauline to use samples of paintings to paint her concrete floor and both of them  rolled up their sleeves to achieve their common dream and seal a longtime friendship and collaboration in bartering. Young and energetic Pauline designed Marianne's website and e-shop while fairy godmother Marianne helped her finding the essence of her  home. 

Links: Marianne Evennou's blog, Tensira









Photos 1, 2, 3 ©  Franck Evennou  Photo 9 ©  Mathieu Haessler


7.2.14

Une grande courbe. Jacques Rivette, L'Amour fou




L'amour réciproque, tel que je l'envisage, est un dispositif de miroirs qui me renvoient, sous les mille angles que peut prendre pour moi l'inconnu, l'image fidèle de celle que j'aime, toujours plus surprenante de divination de mon propre désir et plus dorée de vie.

André Breton, L'amour fou, 1937



















Un film est une chose organique. C'est un organisme comme n'importe quel corps. Les corps sont plus ou moins harmonieux, mais ce qui est important, c'est qu'ils marchent, je veux dire: qu'ils soient autonomes, vivants, avec leurs défauts et éventuellement leurs infirmités. C'est mon seul critère dans la préparation, le tournage ou le montage: essayer de faire que ça fasse une grande courbe. 

La révolution esthétique de Jacques Rivette dans L'Amour fou annonce la révolution culturelle qui a suivi mai 68. Un an après le documentaire qu'il a consacré à Renoir en 1966, il reprend et expérimente avec les préceptes du "patron"; ne rien imposer, laisser les choses arriver, faire du cinéma un dialogue avec les acteurs, avec la situation et les imprévus, où l'acte même de filmer devient une part centrale du film. Sébastien Gracq jeune metteur en scène talentueux s'est vu confier la tâche de monter Andromaque en trois semaines. Tandis qu'il se débat avec la sauvagerie des vers de Racine dont il veut restituer la haine, l'amour et la chair, le film montre tour à tour les répétions au théâtre et la chronique de la dissolution du mariage de Claire et de Sébastien. La mise en abyme de la narration, une équipe de télévision dirigée par André Labarthe, le metteur en scène de la série télé Cinéastes de notre temps filme en 16 mm les progrès de la mise en scène, tandis que la caméra 35mm de Rivette tente d'enregistrer les événements de la manière la plus neutre possible en laissant libre cours à l'improvisation des acteurs. Le film explore les motifs de la répétition et de la différence. La métaphore du miroir, la construction circulaire du temps du film, le travail particulier de la bande son, où les bruits se substituent aux voix souvent à la limite de l'inaudible approfondissent l'interrogation sur la possibilité de la représentation de la vérité des émotions, sur l'éthique du cinéma. En ce sens, Jacques Rivette continue de revendiquer le film comme profondément politique.     






2.11.13

Apesanteur. Les corps délivrés d' Alfonso Vallès


































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Les corps peints par Alfonso Vallès ne reposent pas sur le sol, aucun plafond ne limite leur expansion dans l'espace. Travaillés par les diktats de l'ordre établi, déformés par l'énergie du refoulement, sous ses pinceaux ces corps se libèrent d'une loi  plus forte que toutes celles imposées par la société, la loi universelle de la gravitation. Sa série Hystérie inspirée des photographies prises par le docteur Charcot, de patientes enfermées à l'hôpital de la Salpétrière au début du XXème siècle  montre des corps aliénés par la répression toute puissante du corps médical. Nourri du texte de Georges Didi-Huberman, L'invention de l'hystérie, il interroge inlassablement les corps pour traquer les signes des passions humaines, des émotions, des affects, des traumas. Plus récemment les fresques peintes pour l'Hôtel 14 ou ses peintures sur plexiglas montrent des corps d'aujourd'hui subtilement asservis aux lois de la société de consommation. Ces corps célébrés par la grande tradition de la peinture anatomique ont tous en commun de porter en eux une promesse de libération par le défi lancé aux lois de la pesanteur. 












1, 2, 3,  Photographies Petra Bindel, visite de l'atelier d'Alphonso Vallès
1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8  Photographies des peintures d' Alfonso  Vallès sur son blog, L'union différencie





7.3.13

Delusion. Franck Evennou's Whimsical Contrasts of Scale






























In his last exhibition Artefact sculptor Franck Evennou played with form, mass and scale to evoke the artefacts of a fancy civilisation. For more than two decades he has been consistently  questioning our sense of proportion. Whatever his choice of medium- either with photography, pieces of furniture, jewelry or drawings- his work is an ode to incandescent matter and pure energy.  




Ville imaginaire, site archéologique, ruines de Tipaza, d’Herculaneum ou de Tarquinia, ville du passé ou ville futuriste, les sculptures de Franck Evennou évoquent un paysage urbain où l’homme aurait laissé d’étranges traces d’architecture minimale. L’œil écoute, aux aguets, il cherche à capter les passages, les failles, les ruptures, ce moment essentiel où soudain surgit autre chose… Les formes premières que le sculpteur recherche inlassablement ne communiquent entre elles que par le vide qui les sous-tend. Comme en poésie, chaque unité a son indépendance, l’apparition d’une nouvelle unité transforme l’espace qu’elle vient d’ouvrir. Le plus important est invisible, dérobé. L’artiste nous invite à une réflexion sur le passage, la métamorphose, le rythme. Chaque unité est comme une note de musique qui scande le temps, qui approfondit l’espace du dedans, qui accroît la géométrie du monde jusqu’à la démesure. Les codes de la représentation dans l’espace se brouillent, les repères s’évanouissent pour ouvrir vers l’expérience intime d’un infini où bruissent les âmes errantes. 


Texte de J'attends... 
pour le catalogue de l'exposition de
 Franck Evennou, Artefact, décembre 2012



Links: Franck Evennou Artefact 






Galerie Avant-scène
4 place Odéon 
75 006 Paris











9.12.12

Il n'y a pas de pas perdus. Eric Hazan réinvente Paris



Quand le soleil cruel frappe à traits redoublés
Sur la ville et les champs, sur les toits et les blés,
Je vais m'exercer seul à ma fantasque escrime,
Flairant dans tous les coins les hasards de la rime,
Trébuchant sur les mots comme sur les pavés, 
Heurtant parfois des vers depuis longtemps rêvés.

Baudelaire, Le  Soleil*























"Ma vie entière n'a été qu'une longue rêverie divisée en chapitres par mes promenades de chaque jour." Cette phrase de Rousseau dans ses Notes écrites sur des cartes à jouer, Eric Hazan pourrait la faire sienne. Son livre L'invention de Paris se lit et se relit comme une rêverie, comme une flânerie. Il n'y a pas de pas perdus dans les dédales de la pensée de l'auteur; on peut la parcourir en tout sens et découvrir des passages insoupçonnés entre les différentes murailles de Paris, les diverses époques, la grande histoire ou la littérature ménageant des effets de surprises qui relient dans une même géographie réinventée le réel et la fiction. La référence omniprésente aux personnages de récits accroît la vie passée, présente et à venir de la ville de tout l'imaginaire des romans qui ont façonné son image. Le premier chapitre intitulée Psychogéographie de la limite trace à grands traits l'évolution de Paris, au travers de ses enceintes successives en soulignant la force de rupture inscrite dans sa morphogenèse. Un saisissant raccourci de l'histoire de l'éclairage  public et du maintien de l'ordre laisse affleurer un temps long discontinu et souterrain à l'oeuvre dans l'inconscient collectif. Habité par le souvenir de ses lectures - Balzac, Proust, Baudelaire, Walter Benjamin, Sébastien Mercier, l'auteur nous fait ressentir combien la construction de Paris relève davantage du mythe que de la géographie. Prenant le parti "des anonymes, des obscurs, des sans-parts, des architectes du désordre, qui de génération en génération, se sont transmis l'art d'empiler les magiques pavés", il fait dans Paris rouge une histoire symbolique de la révolution parisienne dont la grande forme est la barricade. Les deux derniers chapitres Les flâneurs et Les belles images sont une ode à tous ceux qui "depuis le dix huitième finissant ont initié la modernité en prenant la grande ville comme matériau et l'errance comme support de leur création." Le livre est paru en 2002, il est maintenant réédité dans la collection Beaux livres de Hatier avec une belle et riche iconographie. 


*Cité par Eric Hazan, L'invention de Paris, chap. Les flâneurs, p. 436, Seuil, 2002
Le choix  des  images vient des analyses de Eric Hazan, L'invention de Paris,  chap. Les belles images, Seuil, 2002













Eric Hazan, L'invention de Paris
Beaux Livres, Hatier, 2012



Walter Benjamin, Paris capitale du XIX° siècle,
 Le livre des passages, éditions Allia 






Marchand d'abat-jour, rue Lepic, Montmartre, 18e arrondissement, 1899 © Eugène Atget / Musée Carnavalet / Roger-Viollet 
Marchand ambulant, place Saint-Médard, 5e arrondissement, septembre 1899 © Eugène Atget / Musée Carnavalet / Roger-Viollet 
3 Robert Doisneau, Les halles 1933 © Robert Doisneau 
4 Charles Marville, rue des  Marmousets par la rue saint Landry, Paris, 1858 
5 Edouard Manet The Railwayoil on canvas, 1873, National Gallery of art Washington
6 André Kertész, Un matin d'hiver au café du Dôme, 1928 Ministère de la Culture, Médiathèque de l’Architecture et du Patrimoine, Rmn © Donation André Kertész