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28.7.15

Fabrique et Prodiges. Hubert Duprat at Play with Nature














Rien ne m'a plus étonnée ni enchantée que le prodige de collaboration entre Hubert Duprat et le trichoptère, insecte commun qui peuple nos rivières et dont j'ignorais à ce jour l'existence. A l'aide de la soie sécrétée par ses glandes salivaires qui lui sert de mortier et de colle pour assembler les menus détritus qu'elle trouve dans sa biotope, brindilles, graviers ou débris de coquillages, la larve du  trichoptère fabrique un fourreau de protection pour se défendre contre ses prédateurs. Hubert Duprat s'est demandé ce que produirait cet orfèvre de l'assemblage s'il ne trouvait à sa disposition que feuilles d'or, perles d'eau et lapis-lazuli. Il les a mis à l'épreuve dans son laboratoire. 
Marquetterie sauvage, beauté accidentelle, désir de coquille nous émerveillent et nous interrogent mais le plus prodigieux est de les voir à l'oeuvre. 


Vidéo et bijou d'art découvert à l'exposition Dries Van Noten Inspirations au MOMU à Anvers.









MOMU Musée de la mode de la province d'Anvers
Nationalestraat 28
Anvers


*D'après le titre d'une exposition d'Hubert Duprat

Photographs: 1 Fabrice Gousset, 2 Frederic Delpech


19.3.15

Petites Bêtes. Cycling up with La Philie

























Philie ou phobie ? 




La Philie a pris son nom de la famille des insectes phasmes de l'ancien grec φάσμα, phasma qui signifie apparition ou fantôme. Ces insectes doivent leur survie à une stratégie de camouflage qui les font se fondre dans la nature. Insecte feuille, ou insecte bâton ils sont presque impossibles à déceler comme il est quasiment impossible de déceler le vrai du faux dans ce trompe l'oeil plus vrai que nature. Les fourmis en colonnes serrées montent à l'assaut d'une vaisselle en porcelaine mise au rebut, qu'on trouve au kilo dans de nombreuses boutiques solidaires en Allemagne. Evelyn Bracklow aime leur redonner vie en célébrant le mariage de la tradition du trompe l'oeil et des vanités. Tout n'est qu'illusion et tromperie des sens. Le temps d'un instant, si fugitif, que saisit-on du réel?
J'ai découvert et aimé le travail de cette jeune artiste de Dortmund à la semaine du design de Cologne, Passagen qui se tient tous les ans en janvier. Chaque pièce est unique et peinte à la main par l'artiste pour qui les fourmis symbolisent toutes les histoires passées de cette vaisselle abandonnée à laquelle elle offre une nouvelle chance dans sa boutique en ligne sur Etsy








L'arrivée de la première coccinelle sur le rebord de ma fenêtre à Cologne la semaine dernière m'a tant ravie le coeur qu'avec elle sont revenus les souvenirs si simples et si beaux de la vie endormie qui se réveille au printemps. 






Photographies © Evelyn Bracklaw

11.2.14

Putting my garden to bed. Le retour de Perséphone

I wonder if the snow LOVES the trees and fields, that it kisses them so gently? And then it covers them up snug, you know,
 with a white quilt; and perhaps it says "Go to sleep, darlings, till the summer comes again."

Lewis Carroll, Through the looking glass









Chaque année, je guette le moment où l'hiver finissant se transforme en printemps. Et chaque année les mêmes signes annoncent l'insaisissable et obscure métamorphose. Les potimarrons et les pommes engrangés à l'automne commencent à se flétrir, les pommes de terre se mettent à germer. En ville, ici à Cologne, les jours qui rallongent et la terre qui se réchauffe laissent apparaître les premières repousses d'hortensia. Les fleuristes ont reçu les premières jonquilles et les premiers muscaris chassent les dernières jacinthes. Je guette l'arrivée des fritillaires... De tous les jours de l'année, de tous les longs jours d'hiver, de toutes les nuits de lune, de toutes les heures de soleil et de toutes les heures de pluie, de toutes les heures d'éveil la nuit et de rêverie le jour, quand Perséphone s'apprête à sortir des Enfers, je pense  davatange encore à mon jardin et à ma forêt, à la terre sous mes semelles et à l'humus  qui se fait caresse sous mes pieds. En ville, je n'ai plus de pieds. Je ne touche presque plus le sol, je glisse à vélo dans les rues étroites et je n'entends plus que le vent qui s'engouffre dans mes roues et le son de la dynamo qui chante sa complainte lancinante. Quelle joie de glisser ainsi par tous les temps et surtout la nuit dans la ville délaissée par les voitures, quand les lumières sont si ténues qu'on ne se fie plus qu'aux reflets sur la chaussée humide. Pour les grecs anciens la fertilité du sol était étroitement lié à la mort symbolisée par le travail secret de la terre sur les semences ensevelies. Le retour de Perséphone était alors perçu comme une  promesse de résurrection. En quittant Senlis à l'automne, j'ai couvert mon jardin d'un douillet manteau de feuilles et d'humus, j'ai fabriqué des crinolines de polystyrène pour habiller mes plantes les plus délicates, l'ail d'Afrique, la verveine, la citronelle... et j'ai murmuré à ces belles: "Dormez, mes bien aimées jusqu' au retour de la saison dorée". 








Dessin sur Ipad de Franck EvennouComme je me plains du manque de jardin à Cologne, Franck m'envoie des arbres fruitiers pour verdir ma rue et les bords du Rhin. 




18.11.13

To the Unknown Friends. Kaori Tatebayashi's World of Clay


To Ink





























Kaori Tatebayashi grew up in the Japanese village of Arita famous for its Imari ware. As a child, she spent a great deal of time playing in the pottery factory of her relatives. She breathed the atmosphere of ceramics making mesmerized by the work of the craftsmen. I imagine her sitting near the potter's wheel, silent as a cat, unobserved and totally absorbed in the assimilation of all she could sense. Her work is fed by the thousand details of her daily life in South London - a squirrel paying a visit to her Austin roses, her black cat sniffing a stag beetle, a black bird filling his chubby cheecks with grains, baby pigeons playing hide and seek in the dusk. Nature is omnipresent in her work. Creating her pieces of clay is a way for her to encapsulate and to transform the memory of her chidhood landscapes. She explains how the pattern of Kage plate, named after the Japanese word shadow was inspired by the silhouette of a plant. Similarly, the edges of Kumo series resemble mountain ridges. Browsing through the pages of her Tumblr is like being admitted to have a  peek at her sketchbook, to share some of her inner world and harmony power. To me it is an endless source of joy and meditation. It is like tasting the essence of Japanese Spring.   














 Photographs © Kaori Tatebayashi




13.12.12

Comme une forêt de fil. Kwangho Lee's Knots Beyond the Inevitable



Ordinary objects can become something else.

Kwangho Lee






























Weaving the memories of his childhood on a farm, Korean designer Kwangho Lee celebrates the simplicity and happiness of his ancestors' life. With his project, Very Korean, he aims at looking deeper into himself and the nature around him to connect back to "materials, behaviours, habits and scenes that were passed down through generations." Knots remind him of his grandfather cutting and tying the remains of rice straws and of his mother knitting clothes for him. "Knot-beyond the inevitable series started because I believe that, like my grandfather and many years back in history, tying and making a knot is a human instinct. Humans invented many kinds of knots for survival like fishing, hunting, building houses, transporting things. Like the past, these instinct acts are still within us. It is passed down from our parents, from our ancestors and because it is inherited, the instinct can serve a meaning more than just a simple action. The ability to change or make things with my hands is the same ability that everyone possesses. I wish that with this ability, people become more active when looking at other people or objects. "His woven-wire lamps are a tribute to his mother's knitting hobbies. "I saw the neat pile of electric wires as yarns and soon decided to knit my own. Other than knitting with needles, I developed a new way of weaving the rubber but solid wires into long, scarf-like or brush-like form of lighting. They are weaved by one long wire which varies in length -from 10 to 300 meters." 



1 Action, Reaction, Interaction, collaboration with Nameless
2 Woven wire lamp 2010 for Johnson Trading Gallery
3 Drawing New lamp, 2011
4 Solo exhibition, Comme une forêt de fil, Solo Exhibition Canada, April-June 2008
5 Woven, Johnson Trading Gallery, May 2009
6&7 Rice straws
8&9 Knots inspiration
10 Knot jewelry, The Power of Love, 2007
11 Armchair, Work for Kosid, Korean Society of Interior Architects / Designers
12 Rice straw, heavy duty conveyor belt for the purpose of moving, 2007

13 Kwangho Lee as a child wearing his mother's knitted clothes













29.11.12

Nothing is Quite as it Seems. Arik Levy's Connection to Nature


"We are Nature--long have we been absent, but now we return;
We become plants, leaves, foliage, roots, barks;
We are bedded in the ground-- we are rocks(...)"

Walt Whitman

We Too--How Long We were Fooled*






















1, 2 , 3, 4, 6  Photographies © Ian Scigliuzzi
5 Bookstool for Eno, 2007




Arik Levy's work reminds us that nature is always triumphant at last, whatever its degree of absence in our lives and in art. He derives complex compositions from a basic biomorphic unit which reproduce a cosmos in itself. With his myriad computered rock sculptures he creates a new genetic life with its own codes, relentlessly growing, proliferating, moving. Using a large spectrum of materials, reflective for most of them, he shows us a multi-faceted world where "nothing is ever as it seems", where a new invented gravity force is at play. Displacement, reconstruction and absence seem to be the main laws of his interaction with the landscapes and surroundings. "Very quickly I understood that these pieces are about what is missing, what I have taken off, Absence." Bridging the worlds of design and art he engages in every field that requires heart and brains; paintings, photography, stage installations for contemporary dance; his activity like his creation is versatile. His invented organic world seems to be proliferating from its own will as if eluding its creator.


Le Passage de Retz est un lieu singulier, exigeant, lumineux. Ni galerie d'art, ni musée, sa fondatrice Jacqueline Frydman le construit comme un passage de mise en relation entre création et industrie pour favoriser le développement des métiers, des savoir-faire, de la recherche et des transferts de technologie. Apparences trompeuses retrace le parcours d'Arik levy depuis ses débuts de plasticien jusque Out thereson travail de Land art aux sculptures monumentales, engagé depuis quatre ans. Le passage de Retz lui a consacré deux expositions, Light Light, Arik Levy un futur à rencontrer en 1998 et Du bois dont on se chauffe Pascal Colrat - Arik Levy en 2005-2006. 





Arik Levy Apparences trompeuses
Passage de Retz
21 novembre 2012 - 13 janvier 2013
9 rue Charlot
75 003 Paris 
















14.5.12

Le sacré (1) La mémoire des arbres


Au précis préfère l'indécis.*
Verlaine, Art Poétique 


















1 Roots, Daily photography journal of Ken Kornacki, Aurum Design.
Brassaï, Platane Parisien, Couleurs
3 Atelier de Frank Evennou
4 Arie Zonneveld, Couleurs




C'est immédiat : je ne peux pas voir un cèdre, dans un jardin ou débordant d'un mur sur la rue, sans penser qu'une grande bénédiction émane de lui et s'étend sur le monde. La foule est bénie, les autobus, les camions, les voitures, les poubelles, les vélos, les scooters sont bénis. Les plus laids et les plus laides sont bénis, et aussi les vieux, les enfants, les jeunes, les femmes enceintes, les malades, les fatigués, les pressés, les rares heureux, les désespérés. Ils passent tous et toutes sous le cèdre, ils ne le voient pas, sa bénédiction silencieuse, verte et noire, filtre l'espace. On ne sait pas d'où lui vient cette tranquillité, cette ramure de sérénité.

   Il vient d'Afrique ou d'Asie, le cèdre, son nom est grec et latin, il souffre au Liban et au Proche-Orient, il s'en fout, il a ses plans superposés, sa longévité, ses légendes. Ses racines pivotent à une grande profondeur, mais sa tige, droite, couverte d'une écorce rugueuse, se termine par une flèche presque toujours inclinée et dirigée vers le nord. Il peut s'élever jusqu'à 40 mètres, et son ombre, produite par de petites feuilles étroites et pointues, est épaisse et large. Il règne, il protège, il paraît méditer, il bénit.

   La photo que j'ai sous les yeux a été prise en été par quelqu'un qui s'est assis dans l'herbe pour qu'on voie bien le petit personnage regardant un cèdre. Je dois avoir 2 ans, je suis un bébé bouffi qui lève un visage ravi, à moitié mangé de soleil, vers les branches. Anne, ma sœur de 8 ans, est à peine visible, devant les vérandas, sur la droite. La photo a dû être prise par mon père, le seul qui, à l'époque, prenait de temps en temps des photos. J'ai l'impression d'être là, maintenant, dans cette image qui n'est pas pour moi une image, mais une clairière toujours vivante, une éclaircie. La petite forme absurde où je suis enfermé a été jetée dans ce coin de jardin, et je suis son gardien. Continue ta marche titubante, bébé. Tu vas tomber bientôt sur le gravier, tu tomberas beaucoup dans ta vie qui commence. Anne va aussitôt crier et se précipiter, te relever, t'essuyer, t'embrasser. Elle t'étouffe un peu, elle te gêne. C'est un acte de possession, mais aussi d'amour.

Philippe SollersL'Eclaircie, roman, Gallimard,  2012




Chacun de nous porte en soi l'émotion d'un arbre qui l'a un jour particulièrement touché. Je me suis souvenue d'un cèdre du Liban  que je me rappelais avoir vu à Tours. Je n'étais plus très sûre de ma mémoire quand la toile a suppléé mon oubli. J'ai tapé sur mon clavier "cèdre du Liban"&"Tours" et à ma grande surprise, j'ai vu apparaître les photos de l'arbre même dont j'avais gardé un vif souvenir et une trace d'archive si ténue. Pas le moindre petit carnet ou bout de papier griffonné sur lequel j'aurais inscrit une note au sujet de ce moment si particulier. Je me suis rappelé cet arbre dont j'avais momentanément éclipsé l'existence en lisant le texte de Sollers et je m'obstinais à le retrouver comme l'on fait pour un nom oublié.  Je me suis alors souvenu d'un autre moment semblable où j'avais été frappée de la beauté et de l'étrange présence d'un arbre comme d'un être en soi. 
C'était, il y a de cela maintenant quelques années au jardin des plantes à Paris, un cerisier en fleurs dont les lourdes branches chargées de pétales vaporeux touchaient le sol. Je me suis interrompue à l'instant même pour le rechercher et je viens de retrouver une photo qui présente l'image que j'avais gardée intacte de ses lourdes branches étalées, mais comme désincarnée, désanchantée et sans vie. Je me demande quel effet à long terme peut avoir sur notre mémoire  et nos affects cette immédiateté d'une banque de données toujours disponible et  à la fiabilité sans faille. Cette magie positive du substitut de mémoire pourrait bien nous faire perdre ce qui se joue dans les vides, dans les absences, dans les oublis et les reconstructions a posteriori. Plus de vague, plus de méprise, plus de déplacement ou de condensation, plus de rêverie...   











* Cité de mémoire indécise.



10.3.12

Cabinet of Wonder (2) Kate Mac Dowell's Porcelain Artefacts



Ants ate all my sugar




Bad Seed 


God of Change 
All rights reserved © Kate Mac Dowell

Visual Artist Kate Mac Dowell, of Portland, Oregon USA depicts a world of unsettling conflicts between our romantic ideal of union with nature and our contemporary impact on the environment.   She hand sculpts each piece out of porcelain, after building a solid form and then hollowing it out. "A piece also speaks to me of ghosts or negative space. It suggests something missing in the world," she says.  She sees each piece as a captured and preserved specimen, a painstaking record of endangered natural forms , a commentary on our own culpability. " I chose porcelain for its luminous and ghostly qualities,  it highlights both the impermanence and fragility of natural forms in a dying ecosystem." Her  exquisite detailed narratives draw upon the Italian baroque, the classical mythology and metaphysical poems of Oliver Cromwell's time as well as references to the kitsch defined by Odd Nerdrum.  To know more about her, I recommend the interview by Lobster and Canary and her website Kate Mac Dowell.

Galerie Vanessa Quang, 5bis, rue de Beauce 75003 Paris
Bo Lee Gallery, Queen Street, Bath, BA1 1 HE, UK 

5.3.12

Hand-made (2) Frysian Natural Wood

















The philosophy of Frysian workshop Slow Wood is to create timeless pieces with a raw natural elegance and a low impact on our planet.  Each piece is handmade by local craftsmen in Fryslân, using solid wood, 100% natural finishes and mineral paint.

22.2.12

Celebration of First Spring and the Tree Hotel in Sweden


The mirror cube with glasses tinted with an ultraviolet,  which are visible for birds only.


Inside the mirror cube



The twigged bird's nest


The disc-shaped UFO in Winter


The blue cone

Ash Wednesday and the antique tradition of burning Winter made me think of a place where to celebrate the coming of Spring. Once again I turned to the North with its wildest nature and room for cabin's dreams.  Five shelters up in the trees, hide-out four to six meters above the ground... A minimal eco-footprint project by groundbreaking Scandinavian architects. Britta and Kent Lindvall made their dream come true in one of the most beautiful parts of Northern  Sweden, surrounded by natural forest with spectacular views of the Lulea River. More about it by Tham&Videgardarkitekter and Tree hotel.