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8.2.18

Petit Caillou. Home-cosmography



"Scrute tes paupières", me disait ma mère, penchée sur mon avant-sommeil d'écolier. J'apercevais flottant un petit caillou, tantôt paresseux, tantôt strident, un galet pour verdir dans l'herbe. Je pleurais. Je l'eusse voulu dans mon âme et seulement là. 

René Char, Lettera amorosa







Direct your sight inward, and you'll find
A thousand regions in your mind
Yet undiscovered. Travel them, and be
Expert in home-cosmography. 




Henry David Thoreau
Walden; or, Life in the Woods




Image : Amy Judd






16.10.16

Mapping Copenhague onto my Skin.

Everyday, I walk myself into a state of well-being and walk away from every illness. I have walked myself into my best thoughts, 
and I know of no thought so burdensome that one cannot walk away from it. 

 Søren Kierkegaard*



Un jour on construira des villes pour dériver.

Guy Debord







New York était une ville où l'on respirait sans gêne... une ville où tout semblait possible. A l'image du tissu urbain, le tissu social et culturel offrait une texture criblée de trous. Il suffisait de les choisir et de s'y glisser pour atteindre comme Alice de l'autre côté du miroir, des mondes si enchanteurs qu'ils en paraissaient irréels ...Il suffisait d'un peu de culture et de flair pour que s'ouvrent ... dans le mur de la civilisation industrielle, des portes donnant accés à d'autres mondes et à tous les temps. Nulle part, sans doute, plus qu'à New-York, n'existaient à cette époque de telles facilités d'évasion. Elles semblent presque mythiques aujourd'hui où l'on n'oserait plus rêver de portes : à peine de niches où nous pourrions encore nous blottir.



Voilà New-York telle que Claude Lévy-Strauss la décrit dans Tristes tropiques. Quelle ville aujourd'hui pourrait prétendre à ces doublures utopiques, à ces seuils, à ces passages dans d'autres mondes et d'autres temps ? La plupart des villes d'Europe et d'horizons plus lointains semblent pinterestées. D'un bout à l'autre de la planète, les mêmes enseignes, les mêmes uniformes vestimentaires, les mêmes assiettes, le même tropisme esthétique. Où sont les marges, les trous, les niches ? Pourquoi voyager encore si tout converge et se ressemble ?  Quelque chose résiste pourtant, quelque chose d'indéfinissable, d'impalpable, une trace comme le fantôme d'une odeur, d'un son, quelque chose qui ne serait accessible qu'au flâneur des deux rives, au marcheur infatigable, à celui qui saurait se perdre et s'oublier.

De plus en plus ces trous dont rêvaient Claude Lévy-Strauss se concentrent dans les quartiers périphériques, dans les espaces ignorés des visiteurs, le long de lignes de chemin de fer, dans d'anciennes friches industrielles, dans les gares, les aéroports, les tunnels de métro et parfois à l'autre bout du spectre dans les banlieues résidentielles. Certains lieux qui pourraient être définis comme des hétérotopies, peuvent parfois assumer cette fonction de suspendre le temps et l'espace ; les églises, les cimetières condensent le précipité de l'histoire des peuples que nous visitons, conservent les lois les plus profondes qui régissent leur manière de vivre ensemble, naturalisent leurs croyances anciennes.  En traversant le cimetière Assistens de Copenhague on est d'abord frappé par sa grande ressemblance avec le cimetière Melaten de Cologne. Cependant à y regarder d'un peu plus près on s'aperçoit que les monuments aux morts sont plus discrets à Copenhague. Ils sont le reflet d'une gradation de sensibilités que l'on pourrait cartographier en lui superposant un autre calque, celui des différentes confessions religieuses réformées qui ont touché les pays du Nord de l'Europe et façonné leur rapport au monde et aux autres. Dans le cimetière Assistens, les différences sociales sont très peu marquées, peu de grands monuments, aucun espace fermé ou enclos, une grande ouverture qui permet à la nature de reprendre ses droits, parfois juste une collection de pierres posées les unes à côté des autres gravées de noms effacés par l'usure des saisons.

On peut penser à une écologie relictuelle, un conservatoire de l'invisible et de l'indicible, des silences. A moins que ce quelque chose qui résiste ne puisse s'objectiver mais soit de l'ordre de l'intériorité ? Une certaine disposition à la méditation active, l'aptitude à se rendre, comme le papier photographique, sensible aux impressions pour capturer l'instant, la possibilité de trouver dans la contemplation d'une étendue froide et humide d'eau couleur de charbon l'étincelle d'une épiphanie.



*Søren Kierkegaard, lettre à Henriette Lund, 1847





Se promener dans Nørrebro et visiter le Cimetière Assistens, un des plus beaux jardins de Copenhague. Y chercher les tombes de Hans Christian Andersen et de Søren Kierkegaard. Centre culturel dans ses murs et brocante tous les samedis matins d'avril à octobre. Faire une pause chez Grød pour manger porridge ou risotto. Nombreuses boutiques vintage et 2nd hand. 







Jægersborggade 50

2200 København N



P - A - R 

Proper Attire Requested
2nd hand for men 

Jægersborggade 45

2200 København N.





Guy Debord, Theory of the derive here et en français .



Photographie : Céline Boyer, Empreintes

29.1.16

Landscape of Indetermination. Drawing Venice



Mais enfin, mais enfin qu'est-ce qu'il y a dans le voyage ?

Gilles Deleuze 














Intensités immobiles et pays profonds



Dans Abécédaire, l'entretien accordé à Claire Pernet qui ne devait être diffusé qu'après sa mort, Gilles Deleuze s'interroge sur le Voyage. V comme Voyages. Il réfléchit tout haut et laisse filer sa pensée attrapant aux passages quelques références qui lui sont chères. Il évoque d'abord Crack up de Fitzgerald, le voyage ne serait qu'"une rupture à bon marché", puis moqueur, il cite de mémoire la phrase de Beckett dans Mercier et Camier. "Nous ne voyageons pas pour le plaisir de voyager, que je sache; nous sommes cons, mais pas à ce point." Il revient plus longuement sur son concept de nomadologie. "Rien n’est plus immobile qu’un nomade. Rien ne voyage moins qu’un nomade." L'unique bonne raison de voyager serait celle qu'en donne Proust. Voyager "en bon rêveur", pour aller vérifier si ce qu'on a rêvé est bien là. Puis il nous fait partager ses intensités verticales, ses terres étrangères. "En tous cas, j'ai pas besoin de bouger. Moi, toutes les intensités que j'ai, c'est des intensités immobiles. Les intensités ça se distribue forcément dans l'espace extérieur. Moi, je t'assure que quand je lis un livre que j'admire, que je trouve beau, ou quand j'entends une musique que je trouve belle, vraiment, alors j'ai le sentiment de passer par de telles étapes, jamais un voyage ne m'a donné de pareilles émotions... Alors pourquoi j'irais les chercher, ces émotions-là qui ne me conviennent pas très bien alors que je les ai en plus beau dans des systèmes immobiles comme la musique ou la philosophie ? Il y a une géo-musique, il y a une géo-philosophie, je veux dire c'est des pays profonds, hein. Ben c'est plus mes pays, oui... "  



On pourrait ajouter la géo-littérature. La Stendhalie, les pays de neige de Kawabata, Walden pond ... Chacun complètera la liste de ses territoires rêvés, de ses pays immobiles. Découvert à la librairie Volume, rue Notre-Dame de Nazareth, le beau livre blanc des éditions bruno, Venice. A document. Comme oubliées dans les pages du livre des photographies de Sant'Andrea de la Zirada de Sissi Roselli. Juste pour vérifier la couleur et la texture des pavés. 





Librairie Volume

47 rue Notre-Dame de Nazareth

75003 Paris 





Liens : Les Caves du Majestic, 2013

Venice. A Document by Sara Marini, Alberto Bertagna, bruno, 2014

Samuel BeckettMercier et Camier