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10.3.13

L'extase de l'espace. Ernest Pignon Ernest et le renversement des signes




Elle ne paraît que pour se précipiter de nouveau dans un gouffre plus profond. Elle tombe d'abîme en abîme, de précipice en précipice, jusqu'à ce qu'enfin elle tombe dans l'abîme de la mer, où perdant toute figure, elle ne se trouve plus jamais étant devenue la mer même.



Madame de Guyon, citée par Ernest Pignon Ernest*































De la représentation à la présence





Quand le vide devient le lieu du plein, quand l'absent devient la seule présence, quand l'inversion des codes et des signes fait advenir l'espace du dedans, quand le reflet devient le lieu du réel...




"En 1992, pour passer de cette fascination au questionnement, comme une quête et un défi, j'ai, en imaginant leur portrait, tenté de représenter l'infigurable, chercher comment faire image de chairs qui aspirent à se désincarner, comment exprimer ces contradictions intenses, ces paradoxes spirituels et charnels, ces corps masqués et dévoilés traversés de plaisir et d'angoisse, de désir et de rejet. De cette recherche qui s'est développée durant plusieurs années parallèlement à d'autres réalisations, me reste aujourd'hui une centaine de dessins et de croquis préparatoires et les portraits en pied, grandeur nature, des sept qui m'ont le plus passionné: Marie-Madeleine, Hildegarde de Bingen, Angèle de Foligno, Catherine de Sienne, Thérèse d'Avila, Marie de l'Incarnation, Madame Guyon. Ces sept dessins- qui sont traversés d'une dynamique qui suggère un mouvement d'élévation- se reflètent dans un plan d'eau qui symétriquement les inscrit dans la profondeur. "




Ernest Pignon Ernest



"L'eau:fiction du transvasement entre l'être et l'Innomable intime, entre le milieu extérieur et 'l'organe' d'un intérieur sans organes, entre le Ciel du Verbe et le vide d'un corps féminin avide"


Julia Kristeva, Thérèse mon amour







Photographies, Chapelle Sainte Charles, Avignon 2008, site de Ernest Pignon Ernest, cliquez sur Extases.






*dans l'émission de Catherine Pont-Humbert sur  France Culture,
 A voix nue. Sur le site de Ernest Pignon Ernest,
 cliquez sur écouter dans Lire, écouter, voir,
 puis sur 2- Faire l'amour à l'amour même.




1.3.13

Saisir l'invisible. Les fritillaires, la pintade et l'ethnozoologie de Jean-Marie Lamblard




























Chaque année, je guette l'arrivée des bulbes de fritillaire, je les observe, je les désire, je les admire mais je laisse toujours passer le terme pour m'en procurer un pot. Le temps de les chercher voilà que leur saison, très courte, est déjà passée. On ne les trouve, chez les fleuristes, que pendant deux semaines tout au plus, vers la mi-février. Elles font partie des tout premiers bulbes qui annoncent le premier printemps. Chaque année, je traque les signes de ce moment insaisissable où l'hiver imperceptiblement se transforme en printemps, où la vie silencieuse et cachée de la terre s'apprête à exploser. En ville tout est différent, c'est tout mon système de signes qui est à recomposer. Où trouver les pointes de rhubarbe qui percent sous la neige comme si elles connaissaient le haïku de Bashô? Je ne les ai pas vues à Cologne mais j'ai pu mettre la main sur un pot de fritillaires et j'ai commencé à chercher à me documenter sur ces belles clochettes pourpres tachetées de points blancs qui me font tant rêver. Celles que l'on trouve ici s'appellent Fritillaire pintade ou Fritillaria meleagris. Pas étonnant puisque leur robe rappelle celle de la pintade. Ce nom savant recèle une partie du mystère de cet oiseau, la légende de Méléagre dont les soeurs inconsolables furent transformées en pintade. Encore un exemple de ces petits miracles qui arrivent sur la toile, en cherchant les qualités cachées dont mes fritillaires sont investies par transmutation avec la pindade, j'ai découvert le site de Jean-Marie Lamblard, chercheur en ethnozoologie et auteur de L'Oiseau nègre aux éditions Imago, un trésor d'érudition et de poésie.
Si pour nous la pintade n'évoque que "la bossue" des basse-cours de Jules Renard, cet explorateur ailé des mots et des choses, nous apprend qu'elle vient d'Afrique. Dans la religion vaudou, elle représente les esclaves émancipés en Haïti, dans les emprunts du monde byzantin à la religion chrétienne, elle devient le symbole de la vierge Marie, dans la Grèce antique elle est associée au mythe de Méléagre et de Dyonisos, les peintres du Quattocento vénitiens la placent souvent au premier plan de leurs tableaux soulignant tour à tour sa signification de pureté et de transgression, d'éternité et de renaissance. 
La plupart de ces documents iconographiques ou écrits en font un oiseau de Paradis, un oiseau porte bonheur à l'image des mille perles représentées sur sa robe et de l'abondance de sa ponte, un symbole de résurrection.  


Ca fait bien longtemps que ces petites clochettes m'avaient racontée toutes ces histoires à leur façon, inarticulée mais vibrante. Merci à Jean-Marie Lamblard de s'être fait au travers de sa passion pour les poules d'Abyssinie leur porte-parole. 














Liens: Lettres d'ArchipelSite et bloc-notes de Jean-Marie Lamblard. Histoires, fables et récits, contes et énigmes de Méditerranée
j'ai grandi, Isabelle Niehsen, fleuriste à Cologne






j'ai grandi
 Fleuriste
Rathanau platz 7 
50 674 Köln









*Jean-Marie Lamblard, L'Oiseau NègreL'Aventure des pintades dyonisiaques, Imago, 2003




1&2 Photographies J'attends...
3 Photographie Jean-Marie Lamblard, "Buffon remarque que la pintade porte sur le crâne un casque 'semblable par sa forme à la contre-épreuve du bonnet ducal du doge de Venise, ou, si l'on veut, à ce bonnet mis devant derrière' (De la Peintade, éd. 1771, p. 227.)"
Photographie Jean-Marie Lamblard, Mosaïque de Quasr el-LibiaLibye. Carré n°34 du pavement de l'église de l'évêque Makarios. Deux "poules Numidiques" entourent la Coupe de vie d'où jaillit un grenadier, arbre du Paradis venu des Perses, VIe siècle. 
5 Les Soeurs de Maléagre, dessin de Ernest Pignon ErnestLettres d'Archipel