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5.8.16

Dans l'eau comme dans le ciel. A la découverte du Cotentin.

 L’histoire de ma vie, de votre vie, elle n’existe pas, ou bien alors il s’agit de lexicologie. Le roman de ma vie, de nos vies, oui, mais pas l’histoire. C’est dans la reprise des temps par l’imaginaire que le souffle est rendu à la vie. Rien n’est vrai dans le réel, rien.

Marguerite Duras*









Une immensité de douceur dans un ciel blanc et vide. Granville, petite ville portuaire du Cotentin aurait pu être le lieu de tournage de Moderato Cantabile si Peter Brook et Marguerite Duras en repérage  sur la côte de La Rochelle à Bordeaux n'avaient choisi une ville au bord d'un fleuve**, pour éliminer tout espoir d'ouverture sur un ailleurs. L'obscurité du vide, un certain état de vacuité pour frôler de sa plume le désir féminin de perte de soi, d'anéantissement. 




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* Marguerite Duras, propos rapportés par Frédérique Lebelley, 
in Duras ou le poids d’une plume, Grasset, 1994.
** Blaye en Gironde


20.1.16

The Hearsay of the Soul. Hercules Seghers' Portraits of Landscape


Elle savait que j’étais de ceux qui marchent, 
et, partant, sans défense.

Werner Herzog,  Sur les chemins de glace















De La conquête de l'inutile, Werner Herzog écrit : "C'est un texte purement littéraire déguisé en journal de bord. A l'origine c'était bien sûr un journal, mais seule une toute petite partie de ce qui y est écrit est tiré d'événements effectivement survenus au cours du tournage de Fitzcarraldo. Je décris avant tout des événements intérieurs. Je le redis, c'est le rêve d'un homme qui a la fièvre. C'est un livre de catastrophes inventées. Comme si, pendant que je tournais Fitzcarraldo, j'écrivais de la poésie sur ce que c'est que vivre dans la jungle. "
Pour celui qui sait écouter la plante de ses pieds, pour un marcheur en ligne droite qui ne s'embarrasse pas des réseaux routiers des hommes mais qui sait aller de Munich à Paris "à vol d'oiseau" pour sauver par cet acte fou de la mort une amie proche, pour celui qui voit autour de lui le réel, tout le réel et un peu plus, pour celui-là, pour le marcheur des chemins de glace, les paysages d'Hercules Seghers sont assurément des paysages intérieurs. Pétris de drames prémonitoires ou remémorés, de reliefs escarpés, de vallées encaissées, de pentes ravinées par les glaciers d'une âme prisonnière de l'arrière cour d'une maison de Haarlem, ces paysages de Seghers dessinent le rêve d'un homme qui a la fièvre mais qui ne cesse de s'affronter à la réalité fût-elle en crise.
A-t-il jamais quitté la platitude de sa Hollande natale ? Est-il nécessaire de parcourir le monde pour rendre compte du réel ? De quel courage faut-il s'armer pour regarder en face la réalité et tenter de lui donner forme ?
En 1938 dans une lettre à  Georg Lukàcs, Anna Seghers écrit ces mots qui résonnent aujourd'hui étrangement:
"Cette réalité des époques de crise, des guerres, etc., il faut donc d'abord en supporter la vue, la regarder en face et deuxièmement, lui donner forme. D'innombrables gens nommés artistes ne la regardent en face qu'apparemment, ou pas du tout. De tout temps, dans l'histoire de l'art, ces époques de crise sont marquées par de brusques ruptures de style, par des expériences, par d'étranges formes bâtardes, et c'est seulement après que l'historien peut voir quel chemin était praticable..."* 



*Correspondance entre Anna Seghers et Georg Lukàcs, 1935




Werner Herzog, Hearsay of the Soul, Installation, Getty Center,2012
Wallraf Museum, Cologne, 2015

Hercules Seghers, Rijksmuseum

Anna Seghers, L'Atelier fiction, France Culture

Portrait Anna Seghers, mise en scène de Françoise Lepoix, Théâtre Antoine Vitez Aix, mars 2016