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24.2.17

Chambre aux Oiseaux. Inventing Air

Cummings ist der Dichter 















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e. e. cummings



Marcher dans les rues de Bruxelles, dessiner la cartographie des nuages de Saint Gilles à la Trinité, de la place Brugmann  à la place Flagey. Entendre la voix des premiers oiseaux vibrer dans l'air.
Les tramways noirs ouvrent l'espace. Mes pas accroissent la ville. Come Soul ! Be now !



ptyx 
Bruxelles Flagey
Rue Lesbroussart,39 
1050 Ixelles


 Place de la Trinité
Rue du Tabellion,10
1050 Bruxelles 


Maison de thé traditionnelle
Rue du Bailli, 97 
Bruxelles 1050


 Bruxelles Bailli
rue de Livourne 125
1000 Bruxelles






1-  Moineau, Place de la Trinité
2- Rideaux Avenue Louis Lepoutre
3- Livre de poésie de Ron Suliman dans la vitrine de la librairie ptyx
4- Birds dans la librairie Peinture fraîche 
5- Knees to Chin, se régaler de rouleaux de printemps
 et de artpress



11.11.15

Untouchable Wildness. Monique Habraken's World of Feathers and Wood


Le vierge, le vivace et le bel aujourd'hui

Va-t-il nous déchirer avec un coup d'aile ivre 

Stéphane Mallarmé, Le  Cygne 










Monique Habraken is a young Dutch designer graduated from Design Academy Eindhoven whose work is concerned with our dealing with nature. She states that her main source of inspiration comes from her childhood spent in her grandfather's farm. Aware of the urgency of preserving wildlife in design she endeavours to take side with it. "A duck swims, walks and flies in the landscape. Then the hunter comes and shoots the duck to keep the population of these animals in balance. The dead duck ends up in a slaughter house, where I found it. I took the feathers put them together again, in this way I'm trying to keep the feeling of untouchable wildness alive." It is how she begins the story of her project One duck stool. She emphasizes the oneness of the animal life. By putting all the feathers of one female duck together again in a unique upholstery she accomplishes a ritual of reparation in which she celebrates the memory of the bird flight. Is it an attempt to repair the slaughter or to pay a tribute to nature for the gift of its life ? Is it a ritual to ward off the violence of our industrial exploitation of the living ? In her project Treepot the teapot is carved out from one piece of wood. The memory of the tree is kept in its untouchable uniqueness. Nobody knows when the metamorphosis process began. Was it the vegetal who turned into an object or will the object return to wildlife again ? Which comes first, which comes second ? In Monique Habraken's world the time line seems to vanish, the frontiers between organic life and material life to be blurred away. Beyond a desire of reparation, it seems to me that her research conjures up the memory of a Natural Contract between Earth and its inhabitants -- the memory of a time when the men respected and honored all living beings for the sacrifice of their life. 



  Link:  Monique Habraken             




1.3.13

Saisir l'invisible. Les fritillaires, la pintade et l'ethnozoologie de Jean-Marie Lamblard




























Chaque année, je guette l'arrivée des bulbes de fritillaire, je les observe, je les désire, je les admire mais je laisse toujours passer le terme pour m'en procurer un pot. Le temps de les chercher voilà que leur saison, très courte, est déjà passée. On ne les trouve, chez les fleuristes, que pendant deux semaines tout au plus, vers la mi-février. Elles font partie des tout premiers bulbes qui annoncent le premier printemps. Chaque année, je traque les signes de ce moment insaisissable où l'hiver imperceptiblement se transforme en printemps, où la vie silencieuse et cachée de la terre s'apprête à exploser. En ville tout est différent, c'est tout mon système de signes qui est à recomposer. Où trouver les pointes de rhubarbe qui percent sous la neige comme si elles connaissaient le haïku de Bashô? Je ne les ai pas vues à Cologne mais j'ai pu mettre la main sur un pot de fritillaires et j'ai commencé à chercher à me documenter sur ces belles clochettes pourpres tachetées de points blancs qui me font tant rêver. Celles que l'on trouve ici s'appellent Fritillaire pintade ou Fritillaria meleagris. Pas étonnant puisque leur robe rappelle celle de la pintade. Ce nom savant recèle une partie du mystère de cet oiseau, la légende de Méléagre dont les soeurs inconsolables furent transformées en pintade. Encore un exemple de ces petits miracles qui arrivent sur la toile, en cherchant les qualités cachées dont mes fritillaires sont investies par transmutation avec la pindade, j'ai découvert le site de Jean-Marie Lamblard, chercheur en ethnozoologie et auteur de L'Oiseau nègre aux éditions Imago, un trésor d'érudition et de poésie.
Si pour nous la pintade n'évoque que "la bossue" des basse-cours de Jules Renard, cet explorateur ailé des mots et des choses, nous apprend qu'elle vient d'Afrique. Dans la religion vaudou, elle représente les esclaves émancipés en Haïti, dans les emprunts du monde byzantin à la religion chrétienne, elle devient le symbole de la vierge Marie, dans la Grèce antique elle est associée au mythe de Méléagre et de Dyonisos, les peintres du Quattocento vénitiens la placent souvent au premier plan de leurs tableaux soulignant tour à tour sa signification de pureté et de transgression, d'éternité et de renaissance. 
La plupart de ces documents iconographiques ou écrits en font un oiseau de Paradis, un oiseau porte bonheur à l'image des mille perles représentées sur sa robe et de l'abondance de sa ponte, un symbole de résurrection.  


Ca fait bien longtemps que ces petites clochettes m'avaient racontée toutes ces histoires à leur façon, inarticulée mais vibrante. Merci à Jean-Marie Lamblard de s'être fait au travers de sa passion pour les poules d'Abyssinie leur porte-parole. 














Liens: Lettres d'ArchipelSite et bloc-notes de Jean-Marie Lamblard. Histoires, fables et récits, contes et énigmes de Méditerranée
j'ai grandi, Isabelle Niehsen, fleuriste à Cologne






j'ai grandi
 Fleuriste
Rathanau platz 7 
50 674 Köln









*Jean-Marie Lamblard, L'Oiseau NègreL'Aventure des pintades dyonisiaques, Imago, 2003




1&2 Photographies J'attends...
3 Photographie Jean-Marie Lamblard, "Buffon remarque que la pintade porte sur le crâne un casque 'semblable par sa forme à la contre-épreuve du bonnet ducal du doge de Venise, ou, si l'on veut, à ce bonnet mis devant derrière' (De la Peintade, éd. 1771, p. 227.)"
Photographie Jean-Marie Lamblard, Mosaïque de Quasr el-LibiaLibye. Carré n°34 du pavement de l'église de l'évêque Makarios. Deux "poules Numidiques" entourent la Coupe de vie d'où jaillit un grenadier, arbre du Paradis venu des Perses, VIe siècle. 
5 Les Soeurs de Maléagre, dessin de Ernest Pignon ErnestLettres d'Archipel






7.6.12

Brindilles. Les oiseaux rêvés de Suzanne Husky et George Sand




Charité envers les autres;
Dignité envers soi-même;
Sincérité devant Dieu.


George Sand, Histoire de ma vie




















































1, 2 Dessins de Suzanne Husky pour son projet "Brindilles"
3,4,5 Mise en oeuvre du projet sur le site de Suzanne Husky- 
6,7 Intérieur des abris
8,9,10, 11,12,13 Documentation iconographique choisie par Suzanne Husky pour l'intérieur de "Brindilles"





San Francisco based French artist Suzanne Husky created "Brindilles" for Horizons 2011 a Land-art exhibition in Le massif du Sancy in France. With these small cabins made of branches and twigs and looking like bird nests she focused on the long and intense relationship between birds and men.
Elle imagine ces installations comme "une fenêtre qui permet de regarder l'extérieur et surtout les oiseaux" pour méditer sur le monde rêvé des oiseaux à travers les âges. Avec ces abris qui semblent surgir de terre elle a voulu jouer sur "la part animale qui nous attire vers les terriers, vers les petites choses." Dans Dernières bouchées sauvages, elle interroge les Anciens rencontrés dans le Couserans (Ariège) sur des pratiques alimentaires aujourd’hui disparues quand  plantes et animaux sauvages étaient consommés, mais aussi connus et respectés. Click here to view the documentaty. 


 Horizons, Rencontres  Arts Nature, Massif du Sancy, 



6ème édition 2012 
  


Le travail sensible de cette jeune artiste m'a fait penser à la vision des oiseaux de George Sand et à l'étonnante filiation rêvée qu'elle revendique dans Histoire de ma vie, avec ces "bipèdes emplumés" qu'elle voit "comme autant de parrains et de marraines". "Mystérieux patrons avec lesquels j'ai toujours eu des affinités particulières", écrit-elle. 







On n'est pas seulement l'enfant de son père, on est aussi un peu, je crois, celui de sa mère. Il me semble même qu'on l'est davantage, et que nous tenons aux entrailles qui nous ont portés de la façon la plus immédiate, la plus puissante, la plus sacrée. Or, si mon père était l'arrière-petit-fils d'Auguste II, roi de Pologne et si, de ce côté, je me trouve d'une manière illégitime, mais fort réelle, proche parente de Charles X et de Louis XVIII, il n'en est pas moins vrai que je tiens au peuple par le sang, d'une manière tout aussi intime et directe; de plus, il n'y a point de bâtardise de ce côté-là.



Ma mère était une pauvre enfant du vieux pavé de Paris; son père, Antoine Delaborde, était maître paulmier et maître oiselier, c'est à dire qu'il vendit des serins et des chardonnerets sur le quai aux Oiseaux, après avoir tenu un petit estaminet avec billard, dans je ne sais quel coin de Paris, où, du reste, il ne fit point ses affaires. Le parrain de ma mère avait, il est vrai, un nom illustre dans la partie des oiseaux: il s'appelait Barra; et ce nom se lit encore au boulevard du Temple, au-dessus d'un édifice de cages de toutes dimensions, où sifflent toujours joyeusement une foule de volatiles que je regarde comme autant de parrains et de marraines, mystérieux patrons avec lesquels j'ai toujours eu des affinités particulières.

Expliquera qui voudra ces affinités entre l'homme et certains êtres secondaires dans la création. Elles sont tout aussi réelles que les antipathies et les terreurs insurmontables que nous inspirent certains animaux inoffensifs. Quant à moi, la sympathie des animaux m'est si bien acquise, que mes amis en ont été souvent frappés comme d'un fait prodigieux. J'ai fait à cet égard des éducations merveilleuses; mais les oiseaux sont les seuls êtres de la création sur lesquels j'aie jamais exercé une puissance fascinatrice, et s'il y a de la fatuité à s'en vanter, c'est à eux que j'en demande pardon.
Je tiens ce don de ma mère, qui l'avait encore plus que moi, et qui marchait toujours dans notre jardin accompagnée de pierrots effrontés, de fauvettes agiles et de pinsons babillards, vivant sur les arbres en pleine liberté, mais venant becqueter avec confiance les mains qui les avaient nourris. Je gagerais bien qu'elle tenait cette influence de son père, et que celui-ci ne s'était point fait oiselier par un simple hasard de situation, mais par une tendance naturelle à se rapprocher des êtres avec lesquels l'instinct l'avait mis en relation. Personne n'a refusé à Martin, à Carter et à Van Amburgh une puissance particulière sur l'instinct des animaux féroces. J'espère qu'on ne me contestera pas trop mon savoir-faire et mon savoir-vivre avec les bipèdes emplumés qui jouaient peut-être un rôle fatal dans mes existences antérieures.
Plaisanterie à part, il est certain que chacun de nous a une prévention marquée, quelquefois même violente, pour ou contre certains animaux. Le chien joue un rôle exorbitant dans la vie de l'homme, et il y a bien là quelque mystère qu'on n'a pas sondé entièrement. J'ai eu une servante qui avait la passion des cochons, et qui s'évanouissait de désespoir quand elle les voyait passer entre les mains du boucher; tandis que moi, élevée à la campagne, rustiquement même, et devant m'être habituée à voir ces animaux qu'on nourrit chez nous en grand nombre, j'en ai toujours eu une terreur puérile, insurmontable, jusqu'au point de perdre la tête si je me vois entourée de cette gent immonde: j'aimerais cent fois mieux me voir au milieu des lions et des tigres.
C'est peut-être que tous les types, departis chacun spécialement à chaque race d'animaux, se retrouvent dans l'homme. Les physionomistes ont constaté des ressemblances physiques; qui peut nier les ressemblances morales? N'y a-t-il pas parmi nous des renards, des loups, des lions, des aigles, des hannetons, des mouches? La grossièreté humaine est souvent basse et féroce comme l'appétit du pourceau, et c'est ce qui me cause le plus de terreur et de dégoût chez l'homme. J'aime le chien, mais pas tous les chiens. J'ai même des antipathies marquées contre certains caractères d'individus de cette race. Je les aime un peu rebelles, hardis, grondeurs et indépendans. Leur gourmandise à tous me chagrine. Ce sont des êtres excellens, admirablement doués, mais incorrigibles sur certains points où la grossièreté de la brute reprend trop ses droits. L'homme-chien n'est pas un beau type.
Mais l'oiseau, je le soutiens, est l'être supérieur dans la création. Son organisation est admirable. Son vol le place matériellement au-dessus de l'homme, et lui crée une puissance vitale que notre génie n'a pu encore nous faire acquérir. Son bec et ses pattes possèdent une adresse inouïe. Il a des instincts d'amour conjugal, de prévision et d'industrie domestique; son nid est un chef-d'œuvre d'habileté, de sollicitude et de luxe délicat. C'est la principale espèce où le mâle aide la femelle dans les devoirs de la famille, et où le père s'occupe, comme l'homme, de construire l'habitation, de préserver et de nourrir les enfans. L'oiseau est chanteur, il est beau, il a la grace, la souplesse, la vivacité, l'attachement, la morale, et c'est bien à tort qu'on en a fait souvent le type de l'inconstance. En tant que l'instinct de fidélité est départi à la bête, il est le plus fidèle des animaux. Dans la race canine si vantée, la femelle seule a l'amour de la progéniture, ce qui la rend supérieure au mâle; chez l'oiseau, les deux sexes, doués d'égales vertus, offrent l'exemple de l'idéal dans l'hyménée. Qu'on ne parle donc pas légèrement des oiseaux. Il s'en faut de fort peu qu'ils ne nous valent; et comme musiciens et comme poètes, ils sont naturellement mieux doués que nous. L'homme-oiseau c'est l'artiste.


George Sand, Histoire de ma vie, Paris 1855.
Texte en accès libre en ligne, projet Gutenberg
*Françoise  Alexandre, La femme et l'oiseau dans l'oeuvre de George Sand, juin 2011. 
A signaler, le très bel article sur "Brindilles" dans ,  The Weekender Ausgabe 4 Winter 2011, intitulé Du point de vue des oiseaux (ma traduction) : 


Vogelperspektiven


Die Künstlerin Suzanne Husky hat im zentralfranzösischen Dörfchen Murol drei merkwürdige, unterschiedlich große Hütten mit geheimnisvollem Innenleben hinterlassen.












The Weekender est une revue germanophone, basée à Cologne, parution trimestrielle.

Ella Balaert, George Sand à Nohant  Drames et mimodrames, Belin, 2012