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12.8.16

Sauver quelque chose du temps*. Un jour à Granville

(...) le regard est toujours virtuellement fou.

Roland Barthes**




Deux enfants se tiennent par la main. Un petit garçon en vareuse et une petite fille à la natte. A moins qu'Elle ne se tienne les mains croisées dans le dos pour appuyer son silence. J'aime leurs jambes dont l'absence de dessin appelle la reconstitution de celui qui regarde, l'imprimé fleuri de la robe.
La mer n'est pas loin...
La technique de frottage me touche par sa fragilité. Un dessin d'après photographie, me dit-on. Comment se dégage cette substance photographique ? Qu'est-ce ce qui rend ce tracé si farouchement vivace? L'épreuve du temps à venir, une empreinte insaisissable comme une transmutation de matière ? Le passage du "ça a été" de la photographie au "cela est" de toute éternité du dessin. Peut-être faut-il descendre en soi-même pour trouver l'évidence de cette présence ?** 
Un petit cadre dormant dans mes tiroirs avec son verre soufflé à l'ancienne -une bulle de deux ou trois millimètres vient se poser juste au-dessus de la signature de l'artiste, semblait attendre ce crayon depuis longtemps. Les objets qui nous arrivent en savent-ils plus long que nous ? 






* "Sauver quelque chose du temps où l'on ne sera plus jamais." Annie Ernaux,
 Les Années

** Roland Barthes, La Chambre claire

***"Je devais descendre davantage en moi-même pour trouver l’évidence de la photographie" Roland Barthes, La Chambre claire 







Atelier Véronique et Philippe Senlanne 
 34 rue des Juifs 
50400 Granville










Granville est la première ville que je vois du Cotentin, la rue des Juifs ma première étape, un coup au coeur pour cette ville et pour cette rue si singulière avec ses ateliers d'artistes, céramistes, galerie de photos, boutiques d'antiquités, librairie, friperie. Un bonnet de bain des années 50-60 avec des fleurs blanches vu dans la vitrine de Chats-nippés (fermé alors), me trotte encore dans la tête. 






Chats-nippés
58 rue des Juifs
50400 Granville


Frédéric Régnier
Céramique
48 ter rue des Juifs
50400 Granville


Pauline antiquités
59 rue des Juifs
50400 Granville






Photographies : 1- Dessin de Véronique Senlanne 
 2- Atelier Senlanne, vanités en céramique


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10.3.13

L'extase de l'espace. Ernest Pignon Ernest et le renversement des signes




Elle ne paraît que pour se précipiter de nouveau dans un gouffre plus profond. Elle tombe d'abîme en abîme, de précipice en précipice, jusqu'à ce qu'enfin elle tombe dans l'abîme de la mer, où perdant toute figure, elle ne se trouve plus jamais étant devenue la mer même.



Madame de Guyon, citée par Ernest Pignon Ernest*































De la représentation à la présence





Quand le vide devient le lieu du plein, quand l'absent devient la seule présence, quand l'inversion des codes et des signes fait advenir l'espace du dedans, quand le reflet devient le lieu du réel...




"En 1992, pour passer de cette fascination au questionnement, comme une quête et un défi, j'ai, en imaginant leur portrait, tenté de représenter l'infigurable, chercher comment faire image de chairs qui aspirent à se désincarner, comment exprimer ces contradictions intenses, ces paradoxes spirituels et charnels, ces corps masqués et dévoilés traversés de plaisir et d'angoisse, de désir et de rejet. De cette recherche qui s'est développée durant plusieurs années parallèlement à d'autres réalisations, me reste aujourd'hui une centaine de dessins et de croquis préparatoires et les portraits en pied, grandeur nature, des sept qui m'ont le plus passionné: Marie-Madeleine, Hildegarde de Bingen, Angèle de Foligno, Catherine de Sienne, Thérèse d'Avila, Marie de l'Incarnation, Madame Guyon. Ces sept dessins- qui sont traversés d'une dynamique qui suggère un mouvement d'élévation- se reflètent dans un plan d'eau qui symétriquement les inscrit dans la profondeur. "




Ernest Pignon Ernest



"L'eau:fiction du transvasement entre l'être et l'Innomable intime, entre le milieu extérieur et 'l'organe' d'un intérieur sans organes, entre le Ciel du Verbe et le vide d'un corps féminin avide"


Julia Kristeva, Thérèse mon amour







Photographies, Chapelle Sainte Charles, Avignon 2008, site de Ernest Pignon Ernest, cliquez sur Extases.






*dans l'émission de Catherine Pont-Humbert sur  France Culture,
 A voix nue. Sur le site de Ernest Pignon Ernest,
 cliquez sur écouter dans Lire, écouter, voir,
 puis sur 2- Faire l'amour à l'amour même.




12.4.12

Messagère des étoiles. Antonine Catzeflis présente Constellations de Caroline Corbasson






Une constellation de dessins bleus, rouges et noirs



Algues. Cire, brûlures, pastel et graphite sur papier, 2011









Galileo, encre sur papier, 2012





Galilée, Dessins de la lune&page de garde de
  la première édition de Sidereus Nuncius, 1610




La galerie d'Antonine Catzeflis est un lieu singulier et rare, "ni galerie, ni boutique", mais plutôt cabinet de curiosités. Inlassablement au fil de ses expositions, elle suit son seul désir loin des codes de l'art contemporain, on pourrait dire qu'elle nous raconte des fictions et que ses artistes ont en commun de tisser, chacun à leur manière, des trames narratives. Aventureuse et indépendante, elle n'hésite pas à défendre de jeunes talents. Caroline Corbasson est à l'honneur avec Constellation. La tête dans les étoiles, mais les deux pieds sur terre elle a grandi au Canada et aux Etats-Unis. De son enfance, elle a gardé  le souvenir et l'émotion des désordres d'une nature parfois déchaînée et le goût de l'observation des phénomènes physiques naturels. Elle garde en elle l'empreinte colorée des ciels violets après le passage des tornades au Texas. Elle scrute les mystères de l'infiniment grand et de l'infiniment petit avec l'obstination butée des enfants. A la pointe de sa mine de plomb elle transperce la feuille de papier, la brûle ou la scarifie pour donner à voir des paysages cosmiques imaginaires ou des mondes microscopiques. Sa passion pour le dessin et l'imagerie scientifique l'ont amenée à découvrir les aquarelles de Galilée auxquelles elle rend hommage avec sa série d'encres sur papier, Galileo. Elle cite aussi volontiers  comme source d'inspiration les dessins de l'astronome Etienne Leopold Trouvelot ou les encres de Victor Hugo. Son site lève le voile sur son univers d'encres, de carbone et de pigments, Caroline Corbasson.




Galerie Antonine Catzeflis
23 Rue Saint Roch
75001 PARIS

Du 6 avril au 19 mai 2012