13.11.13

Palimpsest. Cologne's Sleeping Dream

A Cathie


Les sapins en bonnets pointus
De longues robes revêtus
Comme des astrologues
Saluent leurs frères abattus
Les bateaux qui sur le Rhin voguent  


Guillaume Apollinaire, Les SapinsAlcools














L'or des nuits*



Chaque ville a son rêve qui dort, palimpseste sur lequel s'écrit la mémoire de ses paysages, de ses murs, de ses fleuves, sur lequel l'ombre de ses arbres n'est figée qu'en apparence. La moindre touche peut le mettre en mouvement, le pli de la nuit la plus obscure peut se défaire pour laisser entrevoir tout un monde. Dans cet espace le passé, le présent et le futur ne font qu'un; Isis se confond avec Sainte Ursule, les voix se superposent les unes aux autres pour dire un maintenant qui se gonfle comme une voile au vent. Le regard qui scrute la toile, qui la regarde longuement soudain la voit vivre et s'animer. Le rideau qui dérobait à la vue ce maintenant s'est déchirée. Le portrait de Cologne en Jérusalem céleste si fidèlement dessinée vient transformer le paysage d'aujourd'hui; sur le ciel d'or du tableau les lourds bateaux à voile descendent le Rhin solennellement, les remparts de la cité renferment à nouveau le cercle des vivants, laissant les eaux noires s'éloigner des collines de Bonn et nourrir de leur vapeur céleste la frondaison des arbres au loin. La ville ne sera plus jamais la même, le musée lui a rendu sa mémoire. Elle n'est plus cette entité isolée qui élève ses bretelles d'autoroute et ses piles d'acier et de béton coupée des vieilles montagnes avoisinantes, des sources et des forêts de sapins doctes et savants dont elle aurait perdu la science. Ses hôtels de verre, ses immeubles et ses tours en forme de grues* sur les docks se rappellent ses peintres de la fin du moyen-âge, ses maîtres des légendes et des passions qui avaient leur atelier à un jet de pierre, dans la Schildergasse toute proche et qui ont fait de Cologne un immense centre d'art et de renouveau.

C'est curieux comme en écrivant ce petit texte après la visite de l'exposition, Secrets of the painters au Wallraff Museum, je me suis souvenue du poème d'Apollinaire. Combien de temps, étaient-ils restés là dans l'antichambre de ma mémoire ces sapins rhénans? Savaient-ils de toute éternité ces astrologues en chapeau pointu que j'irai un jour habiter les rives du Rhin? Faut-il qu'à travers leur silhouette disparue sous la neige de l'oubli le passé rejoigne le présent pour dire quelque chose du futur?  



                             *Guillaume Apollinaire, Nuit rhénane















Secrets of the Painters
Cologne in the Middle Ages
Wallraf das Museum
Cologne 

20 9 2013 - 9 2 2014


1, 2, Paysage de Cologne en Jérusalem céleste.
3 Détail Severinskirche.
 Photographs J'attends...






7 comments:

  1. Les souvenirs font souvent fleurir l'imagination qui se mêlent à la réalité et nous transportent. Une cure en quelque sorte.

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    1. Merci pour ce partage et ces petits signes laissés comme des petits cailloux dans la forêt des blogs.

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  2. un de mes poèmes préférés...

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    1. Merci Farah de passer par là...

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  4. Très beau texte qui donne envie d'en lire plus. Je vais revenir. Merci.

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  5. Merci Claudine de cette promesse de retour et bienvenue sur ce blog!

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