28.6.16

Only to be ruined. Venice


Your mind is exactly at that line *















Imaginer nos vies comme les dessins muraux de Sol LeWitt destinées à être effacées et à disparaître. Des constructions expérimentales dont ne resteraient que quelques vibrations dans l'air, le temps d'un souffle. Du positif au négatif jusqu'au blanc à saturation.







Accrochage

Punta della Dogana


 Venice 


17 avril-20novembre 2016










Photographies :  1 San Giorgio Maggiore, 
Sol LeWitt, Wall Drawing #343g. On a black wall, a cross within a square. The background is filled in solid white. The figure is black, 2013 Pinault Collection © Sol LeWitt by SIAE 2016
3 San Francesco della Vigna
4 Sol Lewitt, Sentences on Conceptuel Art


Titre dérobé à Sol LeWitt, Paragraphs on Conceptuel Art



21.3.16

Correspondances et Synesthésies. Flower Vibes


The temple bell stops—
but the sound keeps coming
out of the flowers.

Bashô



















鐘消えて
花の香はつく
夕かな 


Robe couleur du temps, robe couleur de lune, robe couleur de soleil, Peau d'âne nous fit rêver de ces beautés immatérielles, mais une robe  d'une étoffe aussi légère qu'un souffle d'air, teintée de l'esprit des fleurs qui eût pu l'imaginer ? Christina Kim la fondatrice de Dosa crée des vêtements uniques en khadi, coton tissé et teint à la main, aux formes inspirées de costumes vernaculaires d'Asie et d'Afrique, vestes de berger Rabari, kurtas, dashiki. Les couleurs sont travaillées avec une infinie justesse, plus de dix nuances de blanc empruntées à la céramique coréenne traditionnelle, le jaune souci, le rose indien de Myanmar utilisés pour leur vertu énergétique.

"Even if a person tries to be angry or aggressive in the presence of pink, he can't. The heart muscles can’t race fast enough. It’s a tranquilizing color that saps your energy. Even the color-blind are tranquilized by pink rooms." 

Chaque pièce est le résultat d'une longue chaîne de synergie qui préserve les ressources organiques et humaines. Le développement durable n'est pas chez cette artiste une mode passagère mais le fruit d'un engagement au long cours, inscrit au coeur de sa sensibilité et de son histoire. Née dans la Corée d'après guerre, elle se souvient de son émerveillement d'enfant à regarder sa grand-mère repriser à l'infini le moindre bout de tissu. 

"I remember looking at my grandmother's traditional Korean socks with fondness and amazement as a girl of around four. The soles were patched with pieces of cotton cloth clipped from our bedding; I was intrigued by the way the different shades of white overlapped. My grandmother darned our clothing whenever it was needed, sitting with us while we did our homework, slipping socks over the light bulbs she used as a frame. Materials, things, had value, even a sock."*

Le coton est tissé à la main en Inde sur des métiers à tisser traditionnels dont la taille est restée inchangée depuis des siècles. Il  est ensuite teint dans un atelier qui récupère chaque jour du temple de Siddhivinayak à Mumbai, les offrandes de fleurs bénies offertes à Ganesha le dieu des nouveaux commencements, les nirmalya. Dans l'atelier de teinture, les pétales de fleurs de souci, d'hibiscus et de roses, les écorces de grenades et les copeaux de noix de coco sont gardées entières ou réduites en poudre avant d'être appliquées sur le tissu, savamment empaquetées, puis cuites à la vapeur. Les pigments qui colorent les fleurs passent alors au coeur de la trame.

Dyeing is an elemental process. Just a few items are required: water, petals, fabric, mordant when needed, a steamer. Each piece of cloth is prepared one at a time, often by two people working swiftly and seamlessly in unison. To create various textures, the petals, husks, and skins are used whole or pulverized, wet or dry. For Adiv’s “idli technique,” named after a popular Indian food item, fabric is layered with petals and neatly folded onto itself forming a small packet, like a parcel of food. Each packet is steamed for 30-40 minutes before it is unfolded, shaken free of petals, rinsed, and hung to dry. Occasionally, a petal or two will evade inspection and remain stuck to the fabric – a welcome sign of work done by human hands. The process produces a monoprint, where the petal’s shapes are transferred directly onto fabric leaving an imprint of color. Depending on weather and humidity, the same flower yields surprising dye variations of color and lushness.

Parfois le tissu retient un pétale qui ne s'est pas envolé lors de l'opération  de rinçage et de séchage. Petit miracle de l'aléatoire  qui signe le travail de la main de l'homme. Les couleurs  varient d'un artisan à l'autre. La mémoire des fleurs et des mains qui les ont touchées contribuent à la création d'un vêtement d'une rare pureté au rayonnement singulier. 



khādī or khadi (India) Indian cloth woven by hand using handspun fibers; India’s “fabric of freedom.” Traditionally, women spin the fibers and men weave on a simple treadle loom at home. Mahatma Gandhi promoted the production of khādī in his campaign for Swadeshi and the revival of indigenous goods during India’s independence movement. By spinning, weaving, and wearing their own cloth, Gandhi reasoned Indians could assert their economic independence and regain control of their textile industry from the British. It is the product of a humble profession, yet painstakingly made all by hand and therefore deserving of high value. At dosa, khādī is the basic language of weaving. We use khādī every season for its nuanced aesthetics, and because it is a labor-intensive rather than resource-intensive material. Christina visited her first khādīgram shop in India in 1996, loading her arms with stacks of assorted handwoven fabricOver the years, dosa has used a mixture of this sort of off-the-shelf khādī in addition to custom khādī developed with weavers in Bengal. Our organic khādī shows variations in color, texture, and weave, which serve as small reminders of its handmade, natural state. 

Rabari jacket (India) traditionally worn by male Rabari shepherds in Kutch, India; also known as a milkman’s jacket. A rabari jacket consists of a fitted bodice with loosely gathered pleats below. Silhouettes may vary, signifying different tribal identities based on placement of a waistline, volume or length of gathering, or back yoke. Traditionally, rabari jackets are shades of white and often embellished. The rabari jacket has inspired many dosa garments throughout the years. 



 *Cristina Kim for Selvedge




A voir en ce moment chez Merci, 111 boulevard Beaumarchais Paris 3° 



3.2.16

Fenêtres irisés et lointains de cristal


Je dis : ma Mère. Et c’est à vous que je pense, ô Maison !
Maison des beaux étés obscurs de mon enfance

Oscar Milosz









Ca commence par une question, obsédante, lancinante, une question qui revient inlassablement et qui jamais ne s'épuise. Qu'est-ce qu'une maison ? Qu'est-ce que la maison ? Je me demande aujourd'hui ce qui fait la magie des maisons dessinées par Marianne Evennou, magie qui ne se sent pas toute entière dans les images mais qui s'impose dans le réel. Une phrase de Gaston Bachelard m'indique un chemin. "L'enfance est certainement plus grande que la réalité." Oui c'est peut-être cela, ce qui fait l'essence des maisons de Marianne, la disparition de toute échelle, le brouillage des repères, le basculement dans un territoire au-delà du réel, au-delà des frontières de la géométrie naturelle. Elle redonne aux appartements parisiens qui ne sont qu'horizontalité, la verticalité qui leur manque. Elle rend à un studio de 11m2 aussi bien qu'à un loft démesuré la cave et le grenier, la rêverie de l'enfant qui s'ennuie à l'attique comme la cachette du chat qui pelote(mémoire des chats vagabonds qu'elle recueillait dans sa cave en cachette des adultes ?). Ce qui frappe quand on entre dans son minuscule pied à terre parisien c'est qu'il ne dit rien de ses dimensions, il serait impossible sans être géomètre de lui assigner une surface tant il invite, au coeur de la ville, dans une maison de campagne de théâtre avec cheminée, garde-manger sur la cour intérieure, alcôve où cacher ses lectures, bureau-bibliothèque-cabinet de curiosités, salon de bain tout en douceur. La maison est "corps de rêveries", moins son souvenir est précis, défini, caractérisé et plus elle accède à l'essence de son être nous dit Bachelard. C'est bien cela... La maison de Mariannne est dans "le flou et le fou".  Elle ne s'ancre pas dans le réel, elle l'effleure. Alors quoi, comment? Par les couleurs fanées savamment choisies qui évoquent la salle à manger d'une maison de province, l'antre secret d'une amoureuse de lanterne magique. C'est une rêveuse de rideaux et de plis, un pan de tissus cache ou dévoile un espace insoupçonné. Un ciel de lit protège le dormeur des fantômes de la nuit. Aucun espace ne peut se suffire de n'être que ce qu'il est mais doit s'accroitre et se plier à son désir. Une bibliothèque se fait cathédrale, un monte-charge bibliothèque, un réduit dérobant d'anciens tuyaux de cheminée la niche d'un poêle à bois, et c'est tout l'espace qui bascule dans la mémoire des ateliers d'artistes du début de siècle, ouvrant des ressources insoupçonnées à notre conscience des volumes. Pas ou peu de fenêtres ? L'oeil de la maison sera non pas à l'extérieur mais à l'intérieur. Si elle a le pouvoir de faire advenir la verticalité, elle a aussi celui de renverser les catégories usées du dedans et du dehors. Elle fait exploser les représentations de l'habitus. Elle défamiliarise. Le plan de travail de la cuisine devient escalier, le patio intérieur ouverture sur le dehors, les fenêtres des écrans qui dessinent le monde à son envie. Car cette faiseuse d'images travaille l'intérieur avec le souffle de l'extérieur, ce n'est rien moins que le ciel de Paris qu'elle fait entrer sous les toits, et le vent bruire dans les chenets. Ce n'est pas une formule, c'est le produit d'une rêverie profonde, de celle qui transmute la matière. Le ciel et le sol se renversent parfois pour refléter des pas qui se logent dans le bien-être heureux d'un espace aux frontières indéfiniment repoussés à la limite du possible et du rêvé, entre mémoire et réalité. Il y a dans les maisons de Marianne des "privilèges de profondeur" qui rendent à n'importe quel réduit sa cosmicité. A Paris les maisons n'ont pas de racines, Marianne naturalise nos chambres des villes, leur restitue une simplicité primitive, leur rend leur fonction première de nid, de coquille. Faisant sienne la formule de Rimbaud "Tout ce qui brille voit", ses maisons sont des bougies allumées dans la nuit, des étoiles qui brillent sur l'asphalte. Les éclairages à profusion de ses intérieurs donnent à celui qui les maitrise le jour ou la nuit, l'aube ou le crépuscule. La maison se fait paupière, "la lampe à la fenêtre oeil". Sa cabane étincèle de tout son dépouillement, mais chacun des objets en apparence dérisoires qui font de sa maison une maison-monde, coquillages ramassés sur une plage, cailloux choisis entre tous sur mille chemins de forêt, brindilles et branches hautes, dessins, photo-collages et croquis découvrent un paysage qui abolit murs et cloisons. Si les parois de papier murmurent, tremblent et se déchirent dans la tempête, c'est pour mieux renforcer la valeur de refuge de sa maison toujours ouverte.


Texte inspiré de la lecture de Gaston Bachelard La Poétique de l'espace et titre arraché au poème d'Oscar Milosz Insomnie





Arthur Rimbaud, "Nacre voit", Album Zutique

Photo-collage © Marianne Evennou pour J'attends...