8.2.18

Petit Caillou. Home-cosmography



"Scrute tes paupières", me disait ma mère, penchée sur mon avant-sommeil d'écolier. J'apercevais flottant un petit caillou, tantôt paresseux, tantôt strident, un galet pour verdir dans l'herbe. Je pleurais. Je l'eusse voulu dans mon âme et seulement là. 

René Char, Lettera amorosa







Direct your sight inward, and you'll find
A thousand regions in your mind
Yet undiscovered. Travel them, and be
Expert in home-cosmography. 




Henry David Thoreau
Walden; or, Life in the Woods




Image : Amy Judd






1.1.18

Avec Précision




Ne parler de rien mais avec précision 






Je souhaite à tous mes lecteurs de très beaux moments de silence. 




Une très belle année 2018 !




Mes films sont comme vos tableaux. Ils ne parlent de rien mais avec précision.
 Michelangelo Antonioni à Mark Rothko 




9.5.17

Crossing Frontiers. Hermès et Hestia





My soul is in the sky*




Passer un pont, traverser un fleuve, franchir une frontière, c’est quitter l’espace intime et familier où l’on est à sa place pour pénétrer dans un horizon différent, un espace étranger, inconnu, où l’on risque, confronté à ce qui est autre, de se découvrir sans lieu propre, sans identité.

Polarité donc de l’espace humain fait d’un dedans et d’un dehors.
Ce dedans rassurant, clôturé, stable, ce dehors inquiétant, ouvert, mobile, les Grecs anciens les ont exprimés sous la forme d’un couple de divinités unies et opposées : Hestia et Hermès.
Hestia est la déesse du foyer, au cœur de la maison. Elle fait l’espace domestique, qu'elle enracine au plus profond, un dedans, fixe, délimité, immobile, un centre qui confère au groupe familial, en assurant son assise spatiale, permanence dans le temps, singularité à la surface du sol, sécurité face à l’extérieur.

Autant Hestia est sédentaire, refermée sur les humains et les richesses qu’elle abrite, autant Hermès est nomade, vagabond, toujours à courir le monde; il passe sans arrêt d’un lieu à un autre, se riant des frontières, des clôtures, des portes, qu’il franchit par jeu, à sa guise.

Maître des échanges, des contacts, à l’affût des rencontres, il est le dieu des chemins où il guide le voyageur, le dieu aussi des étendues sans routes, des terres en friche où il mène les troupeaux, richesse mobile dont il a la charge, comme Hestia veille sur les trésors calfeutrés au secret des maisons.
Divinités qui s’opposent, certes, mais qui sont aussi indissociables. Une composante d’Hestia appartient à Hermès, une part d’Hermès revient à Hestia. C’est sur l’autel de la déesse, au foyer des demeures privées et des édifices publics, que sont, selon le rite, accueillis, nourris, hébergés les étrangers venus de loin, hôtes et ambassadeurs. Pour qu’il y ait véritablement un dedans, encore faut-il qu’il s’ouvre sur le dehors pour le recevoir en son sein.
Et chaque individu humain doit assumer sa part d’Hestia et sa part d’Hermès.
Pour être soi, il faut se projeter vers ce qui est étranger, se prolonger dans et par lui.
Demeurer enclos dans son identité, c’est se perdre et cesser d’être.
On se connaît, on se construit par le contact, l’échange, le commerce avec l’autre.
Entre les rives du même et de l’autre, l’Homme est un pont. 


Jean-Pierre Vernant, La traversée des frontières , 2004

* Shakespeare, A Midsummer Night's Dream 

Image : Corinne Geertsen, Clouded



24.2.17

Chambre aux Oiseaux. Inventing Air

Cummings ist der Dichter 















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e. e. cummings



Marcher dans les rues de Bruxelles, dessiner la cartographie des nuages de Saint Gilles à la Trinité, de la place Brugmann  à la place Flagey. Entendre la voix des premiers oiseaux vibrer dans l'air.
Les tramways noirs ouvrent l'espace. Mes pas accroissent la ville. Come Soul ! Be now !



ptyx 
Bruxelles Flagey
Rue Lesbroussart,39 
1050 Ixelles


 Place de la Trinité
Rue du Tabellion,10
1050 Bruxelles 


Maison de thé traditionnelle
Rue du Bailli, 97 
Bruxelles 1050


 Bruxelles Bailli
rue de Livourne 125
1000 Bruxelles






1-  Moineau, Place de la Trinité
2- Rideaux Avenue Louis Lepoutre
3- Livre de poésie de Ron Suliman dans la vitrine de la librairie ptyx
4- Birds dans la librairie Peinture fraîche 
5- Knees to Chin, se régaler de rouleaux de printemps
 et de artpress



29.1.17

L'eau, l'air et le savon


Mourir de confusion









Il n'est, dans la nature rien de comparable au savon. Point de galet (palet), de pierre aussi glissante, et dont la réaction entre vos doigts, si vous avez réussi à l'y maintenir en l'agaçant avec la dose d'eau convenable, soit une bave aussi volumineuse et nacrée, consiste en tant de grappes de pléthoriques bulles.

Les raisins creux, les raisins parfumés du savon.

Agglomérations.

Il gobe l'air, gobe l'eau tout autour de vos doigts.

Bien qu'il repose d'abord, inerte et amorphe dans une soucoupe, le pouvoir est aux mains du savon de rendre consentantes, complaisantes les nôtres à se servir de l'eau, à abuser de l'eau dans ses moindres détails.
Et nous glissons ainsi des mots aux significations, avec une ivresse lucide, ou plutôt une effervescence, une irisée quoique lucide ébullition à froid, d'où nous sortons d'ailleurs les mains plus pures qu'avant le commencement de cet exercice.


Francis Ponge,  Le savon





Image : Manon von Kouswijk, Soap with a string of pearls, 








1.1.17

Happy New Year !








Seeing with your eyes wide opened, seeing with your eyes wide shut. Tuning yourself to the prose of the world. Ecouter voir la rumeur du vivant, sentir le tremblé du monde. Accueillir l'invisible, habiter les frontières, chercher, fouiller, visiter follement les mousses et les pierres. I wish to all my readers a 



Very Happy New Year  2017!





Photograph : Pierre Le-Tan at home 



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26.12.16

Covering the Universe with Drawings. Anne-Marie Fiquet's Cartography










Each one of us, then, should speak of his roads, his crossroads, his roadside benches; each one of us should make a surveyor’s map of his lost fields and meadows. Thoreau said that he had a map of his fields engraved in his soul.
Thus we cover the universe with drawings we have lived.




Chacun devrait alors dire ses routes, ses carrefours, ses bancs. Chacun devrait dresser le cadastre de ses campagnes perdues.




Gaston Bachelard 






Anne-Marie Fiquet Art on paper

18.11.16

Twinkle, Twinkle Little Words. Katherine Mansfield's Gaze into Childhood












If you can't go to the woods, if you can't go to the sea, if you can't cut out a frame of your window, if you can't keep the wild in you, then leaf through The garden Party, open it anywhere and you 'll pick up emerald green treasures twinkling like small epiphanies high above the greyish fragments of your urban day. 



Pip took something out of his pocket, rubbed it a long time on the front of his jersey, then breathed on it and rubbed it again.
"Now turn round!" he ordered.
They turned round.
"All look the same way! Keep still! Now!"
And his hand opened; he held up to the light something that flashed, that winked, that was a most lovely green. 
"It's a nemeral," said Pip solemnly.
"Is it really, Pip?" Even Isabel was impressed. 
The lovely green thing seemed to dance in Pip's fingers. Aunt Beryl had a nemeral in a ring, but it was a very small one. This one was as big as a star and far more beautiful. 


Katherine Mansfield, At the Bay 




Images 1- Found on flickr with no name
Image 2- Book cover of Katherine Mansfield, The Garden Party, Harper Collins Publishers, 2016
Impossible to find the illustrator's name so far. Any clue?   


16.10.16

Mapping Copenhague onto my Skin.

Everyday, I walk myself into a state of well-being and walk away from every illness. I have walked myself into my best thoughts, 
and I know of no thought so burdensome that one cannot walk away from it. 

 Søren Kierkegaard*



Un jour on construira des villes pour dériver.

Guy Debord







New York était une ville où l'on respirait sans gêne... une ville où tout semblait possible. A l'image du tissu urbain, le tissu social et culturel offrait une texture criblée de trous. Il suffisait de les choisir et de s'y glisser pour atteindre comme Alice de l'autre côté du miroir, des mondes si enchanteurs qu'ils en paraissaient irréels ...Il suffisait d'un peu de culture et de flair pour que s'ouvrent ... dans le mur de la civilisation industrielle, des portes donnant accés à d'autres mondes et à tous les temps. Nulle part, sans doute, plus qu'à New-York, n'existaient à cette époque de telles facilités d'évasion. Elles semblent presque mythiques aujourd'hui où l'on n'oserait plus rêver de portes : à peine de niches où nous pourrions encore nous blottir.



Voilà New-York telle que Claude Lévy-Strauss la décrit dans Tristes tropiques. Quelle ville aujourd'hui pourrait prétendre à ces doublures utopiques, à ces seuils, à ces passages dans d'autres mondes et d'autres temps ? La plupart des villes d'Europe et d'horizons plus lointains semblent pinterestées. D'un bout à l'autre de la planète, les mêmes enseignes, les mêmes uniformes vestimentaires, les mêmes assiettes, le même tropisme esthétique. Où sont les marges, les trous, les niches ? Pourquoi voyager encore si tout converge et se ressemble ?  Quelque chose résiste pourtant, quelque chose d'indéfinissable, d'impalpable, une trace comme le fantôme d'une odeur, d'un son, quelque chose qui ne serait accessible qu'au flâneur des deux rives, au marcheur infatigable, à celui qui saurait se perdre et s'oublier.

De plus en plus ces trous dont rêvaient Claude Lévy-Strauss se concentrent dans les quartiers périphériques, dans les espaces ignorés des visiteurs, le long de lignes de chemin de fer, dans d'anciennes friches industrielles, dans les gares, les aéroports, les tunnels de métro et parfois à l'autre bout du spectre dans les banlieues résidentielles. Certains lieux qui pourraient être définis comme des hétérotopies, peuvent parfois assumer cette fonction de suspendre le temps et l'espace ; les églises, les cimetières condensent le précipité de l'histoire des peuples que nous visitons, conservent les lois les plus profondes qui régissent leur manière de vivre ensemble, naturalisent leurs croyances anciennes.  En traversant le cimetière Assistens de Copenhague on est d'abord frappé par sa grande ressemblance avec le cimetière Melaten de Cologne. Cependant à y regarder d'un peu plus près on s'aperçoit que les monuments aux morts sont plus discrets à Copenhague. Ils sont le reflet d'une gradation de sensibilités que l'on pourrait cartographier en lui superposant un autre calque, celui des différentes confessions religieuses réformées qui ont touché les pays du Nord de l'Europe et façonné leur rapport au monde et aux autres. Dans le cimetière Assistens, les différences sociales sont très peu marquées, peu de grands monuments, aucun espace fermé ou enclos, une grande ouverture qui permet à la nature de reprendre ses droits, parfois juste une collection de pierres posées les unes à côté des autres gravées de noms effacés par l'usure des saisons.

On peut penser à une écologie relictuelle, un conservatoire de l'invisible et de l'indicible, des silences. A moins que ce quelque chose qui résiste ne puisse s'objectiver mais soit de l'ordre de l'intériorité ? Une certaine disposition à la méditation active, l'aptitude à se rendre, comme le papier photographique, sensible aux impressions pour capturer l'instant, la possibilité de trouver dans la contemplation d'une étendue froide et humide d'eau couleur de charbon l'étincelle d'une épiphanie.



*Søren Kierkegaard, lettre à Henriette Lund, 1847





Se promener dans Nørrebro et visiter le Cimetière Assistens, un des plus beaux jardins de Copenhague. Y chercher les tombes de Hans Christian Andersen et de Søren Kierkegaard. Centre culturel dans ses murs et brocante tous les samedis matins d'avril à octobre. Faire une pause chez Grød pour manger porridge ou risotto. Nombreuses boutiques vintage et 2nd hand. 







Jægersborggade 50

2200 København N



P - A - R 

Proper Attire Requested
2nd hand for men 

Jægersborggade 45

2200 København N.





Guy Debord, Theory of the derive here et en français là.



Photographie : Céline Boyer, Empreintes

13.10.16

Lost in Translation. Hygge Copenhagen






Posée comme un diamant noir sur la mer Baltique, Copenhague n'en finit pas de se réinventer entre Nouvel âge d'or architectural et Risorgimento environnemental. Venise scandinave, l'eau est à n'en pas douter son élément primordial, suivi du vent qui fait tourner ses éoliennes ; la municipalité vise la neutralité carbone pour 2025 avec toujours plus de pistes cyclables citoyennes. 
Comme dessinés sur l'eau, le nouvel Opéra, le Théâtre Royal et le Black Diamond, (l'extension de la Bibliothèque Royale qui recèle quelques uns des plus beaux manuscrits du monde, dont ceux de Søren Kierkegaard et de Hans Christian Andersen), regardent son front de mer où il fait bon paresser dans des chaises longues à tendeurs, délicieusement confortables. Une des valeurs suprêmes danoises n'est-elle pas encapsulée dans l'expression hygge ? Difficilement traduisible, entre agréable, confortable, solide et sûr; le site officiel du Danemark propose intimité et nuance : "veut dire aussi créer une ambiance chaleureuse, jouir de la vie et de la compagnie des autres." On ne plaisante pas avec le bien-être et la sécurité dans ce royaume de l'Etat Providence où l'enfant est roi, les sans-abris invisibles, abrités dans des skaeve hus, (petites unités d'habitation de 40 m2 construites par l'Etat et la mairie) et l'expression de la gratitude envers tout et tous une routine de salubrité publique. L'image d'Epinal est-elle aussi lisse ? Des interventions d'artistes contemporains dans le SMK sur le thème du nationalisme danois laissent percevoir quelques aspérités refoulées.
Qui sait ?   









  





















Visiter la ville avec les Harbour Bus lignes 901 et 902  qui relient Nordre Toldbod, Nyhavn, Knippelsbro et la Bibliothèque Royale. 
Faire une pause au café de Viktor Vibskov, Den Plettede Gris (Le Cochon Moucheté) dans Christianhavn avant de découvrir la ville libre de Christiana.
Et faire du vélo ... en empruntant le Snake, pont cyclable au-dessus de la mer pour se rendre dans le quartier d'Islands Brygge.